Engagement

Les peuples luttèrent pour soutirer les ressources telluriques

Contournement

 

Le biwul précédent le départ, Pegho envoya une délégation à la rencontre des troupes de Migepdir afin de leurs annoncer qu’elle quitterait la plage le tewul et, comme à son habitude, en trois groupes distincts en fonction des forces de chacune, chaque groupe évacuant les lieux wul après wul. Qavir, qui commandait le bataillon à ce moment, accepta les conditions sans rien ajouter de plus puis prévint Okomia à Migepdir.
Mais Pegho n’était pas dupe et savait pertinemment qu’elle avait aussi pour ordre pour les suivre afin de s’assurer du retour de ses troupes vers Voskiar. Ainsi, un escadron fut laissé sur place, en se mettant à l’abri dans la grotte, pour pister l’escouade de Qavir. Et, en effet, pe wul plus tard, après le départ du dernier groupe, Qavir vint sur la plage vérifier si elle ne trouvait pas des indices laissés par Pegho, mais cette ultime troupe avait eu pour ordre de bien tout nettoyer. Elle dénicha même l’entrée de la grotte, mais n’y prêta pas plus attention pensant que Pegho avait juste bénéficié de cet abri naturel pour améliorer son confort pendant ce cantonnement forcé. Kepti, l’un des lieutenants netassaoui de Pegho, qui s’était caché dans la grotte avec quelques soldats dès le départ de Pegho au premier wul, ne risquait pas de se faire découvrir, car depuis elle avait rejoint la sortie sur la forêt où des montures les attendaient. Puis il se plaça à un point stratégique à couvert duquel il put observer le long de la côte. Il vit ainsi passer les deux troupes suivant celui de Pegho puis l’escouade de Qavir. À son tour il la suivit, mais toujours en restant à l’intérieur des terres.
Après iguathro wul, Qavir s’arrêta puis fit demi-tour. Par prudence et selon les ordres laissés par Pegho, Kepti fit suivre le retour par pe soldats pendant igu wul pour s’assurer que Qavir abandonnait bien la surveillance. Pendant ce temps, Kepti inspecta la région afin de vérifier si une seconde escouade n’avait pas été chargée de contrôler le départ de l’armée de Pegho, mais il ne trouva rien de suspect. Yuathro wul plus tard les pe soldats étaient de retour, puis en marchant wul et net et grâce aux rekamarii il rejoignit rapidement les troisième et second pelotons de Voskiar puis les troupes d’élite de Pegho qui ordonna alors un arrêt pour rassembler ses forces.

C’est alors qu’elle convoqua tous ces lieutenants pour les informer de son plan qu’ils seraient ensuite chargés de transmettre à leurs propres troupes. Ainsi, l’armée serait toujours divisée en pe groupes, eux-mêmes fractionnés en pe avec un peloton central et deux sur les flancs. Chaque ligne de pe bataillons se suivront à un demi-wul d’intervalle. Les commandants de chacune des yuathro unités étant chargé d’organiser une surveillance plus élargie du dispositif à l’aide de petites escouades afin d’éviter d’être découvert par Migepdir.
De plus, chaque netir, des messagers seront échangés avec le régiment central que commandera Pegho qui à son tour enverra ses ordres sur la marche à mener le wul suivant. L’idée générale de Pegho étant de contourner Migepdir par le wuli pour prendre place au wulo de la cité en prenant le contrôle des villages qu’elle sait maintenant moins surveillés qu’au neto grâce aux espions qu’elle a envoyés durant netime. Certes, on lui fit remarquer que ce dispositif allait quelque peu ralentir la marche de l’armée, mais elle rétorqua que cela était aussi le meilleur moyen pour s’assurer que son plan se déroule au mieux sans être découvert et qu’elle comptait être en place à la fin de wulime pour parfaire ses positions durant netime avant la grande attaque la wulian suivante. Elle espérait en plus profiter du fait d’être plus proche de certaines cités pour dépêcher Erajo et ses disciples afin que certaines populations se rallient aux forces de Voskiar.

L’ensemble du nouveau dispositif fut ainsi mis en place en moins de ro wul et l’armée de Voskiar commença alors son contournement en bifurquant au wuli. Ils marchèrent donc kah netissan sans encombre et sans rencontre fortuite. Puis ils longèrent le fleuve Dofia vers le wulo. À partir de ce moment, Pegho permit à Erajo qui s’impatientait de partir avec sa propre troupe pour tenter de rallier les populations des cités qu’ils croiseraient à leur cause. Mais la forêt devint plus dense qu’au neto et cela ralentit encore un peu le rythme de la marche d’autant plus que de nouveaux dangers pouvaient survenir dans cette région qu’ils connaissaient tous bien mal. Certes, Pegho pouvait compter sur les netassaoui qui restaient plus à l’aise dans ces terrains arborés pour assurer une bonne protection de ses flancs.
Pourtant après une netissan, une unité de surveillance ne revint pas au campement du bataillon situé à l’avant et au neti de l’armée. Pegho en fut immédiatement informée et décida l’arrêt de la marche afin de savoir pourquoi se groupe n’était pas rentré comme prévu chaque netir. Durant net ils apprirent alors ce qu’il s’était passé puisque ce même régiment fut sauvagement attaqué par un troupeau de kuderii. Ce quadrupède bas sur pattes n’était pas très rapide, mais son immense gueule était pourvue d’une rangée de dents triangulaires à l’efficacité redoutable. Ainsi, l’agression fit de nombreuses victimes, mortes ou grièvement blessées.
Dès que Pegho fut prévenue de l’attaque, elle ordonna la reprise immédiate de la marche, car ses conseillers netassaoui qui connaissait bien cette espèce l’avaient assurée qu’il fallait au plus vite quitter leur territoire. Les pe bataillons au neti de l’armée eurent donc déjà pour ordre de se rapprocher des unités centrales tout en protégeant leurs flancs avec des guerriers endurcis et des torches qui effrayeraient les prédateurs. Puis elle donna un point de rendez-vous aux différents groupes dans une plaine un peu plus au wulo. L’ensemble de l’armée marcha donc sans s’arrêter durant ro wul avant d’atteindre le nouveau campement où attendait déjà un hôpital de fortune pour accueillir les blessés de l’attaque.

Afin de ne pas perdre trop de temps, Pegho décida de laisser à l’arrière l’hôpital avec quelques troupes et que le reste de l’armée continuerait sa marche.
Ainsi, ro wul plus tard les bataillons repartirent dans la même configuration, bien qu’un peu affaiblis maintenant. Puis ils arrivèrent dans une zone au sud de Migepdir et Pegho ordonna à nouveau un rassemblement. Elle exposa alors son nouveau plan qui consistait à envoyer des petits groupes d’élite s’interposer en toute discrétion entre les villages et la grande cité pour éviter que l’alarme ne soit donnée trop vite. Puis des troupes plus conséquentes suivraient à ro wul pour attaquer les bourgs de nuit. Tout devra se dérouler très rapidement et si possible simultanément, mais sur une large zone. Un code sonore à l’aide d’instruments biamae fut aussi élaboré afin de s’assurer que toutes les troupes seraient en place avant de lancer l’offensive. Ensuite, les défenses des villages seraient consolidées et une équipe irait rechercher les blessés qui devraient être remis d’ici là. Pegho comptait également sur l’action d’Erajo auprès des cités pour renforcer les troupes qui s’étaient tout de même bien affaiblies depuis leur départ de Voskiar.

Et, un peu plus d’une netissan plus tard, tout le dispositif était en place et en une net les villages au wulo de Migepdir furent pris sans heurts notables et avec un minimum de pertes tant du côté de Voskiar que de Migepdir. D’ailleurs, Pegho insista pour que les villageois soient traités au mieux malgré leur captivité et les travaux qu’ils devront réaliser pour les troupes de Voskiar. Comme décidé, dès que les protections des bourgades furent renforcées, une escouade rapide partit à la rencontre du bataillon laissé en arrière. Une fois arrivé sur place ils ne purent constater malheureusement que beaucoup de blessés n’avaient pas survécu. Par contre, Erajo était revenu avec une foule déjà conséquente et motivée par son discours et annonça surtout que des forces supplémentaires étaient toujours en marche et n’arriveraient qu’un peu plus tard. Les troupes de Voskiar étaient donc face à un dilemme, ces nouvelles forces devaient-elles rejoindre immédiatement les villages ou bien attendre le wulipe suivant ? Un bref échange avec Pegho, grâce aux GZK saisies, permit de décider de laisser ce groupe en place. En effet, son emplacement ne pouvait être connu, car très loin des zones plus habitées et, de plus, le campement était idéalement positionné d’un point de vue stratégique puisque permettant d’assurer une protection du dispositif sur le flanc au wuli, là où pourrait éventuellement passer les troupes de Migepdir pour prendre à revers Pegho. Pegho allait d’ailleurs envoyer des bataillons plus aguerris afin de renforcer la surveillance de cette zone et aussi pour former les nouveaux arrivants.

Pendant ce temps à Migepdir, et alors que cela faisait ro wul que les villages du wulo n’avaient plus laissé leur message quotidien, Okomia fit envoyer une escouade pour vérifier sur place ce qu’il se passait. Celle-ci ne put que constater la prise des bourgs au wulo de la cité et put échanger au cours d’une brève discussion avec Pegho devant la nouvelle enceinte de bois et de pierre du village qui lui servira de base de commandement. Pegho leur affirma sa volonté de conserver le contrôle de la région, mais, évidemment, sans rien dévoiler de ses intentions pour les netissan à venir.
Okomia fulmina au retour du rapport, mais surtout se sentit stupide d’avoir été ainsi bernée par Pegho. D’ailleurs elle demanda audience auprès de la Prêtresse Ijuqha déjà pour l’informer de cette nouvelle situation problématique, et aussi et surtout pour lui présenter sa démission de son poste de cheffe de la garde de Migepdir.
Ce que refusa bien entendu Ijuqha, car il n’était pas temps de devoir remplacer Okomia en cette période troublée et qu’elles devaient avant tout réfléchir à renforcer les défenses de la cité en vue de la, sans doute, offensive des troupes de Voskiar et aussi aux différentes options qu’il leurs restaient.

L’or bleu devint la source de la Grande Guerre

Siège

 

Tandis que les plans de Pegho se déroulaient avec succès, à travers Kahyia les différents groupes de scientifiques travaillaient avec ardeur en vue de déchiffrer et surtout comprendre les parchemins de Migepdir.
Tadiu, Huypim et leurs collègues œuvraient de concert avec une équipe de Roptesa sur le continent Metusai mais leurs progrès restaient malgré tout faibles alors que les autres groupes avaient besoin d’avancées certaines car ils n’en demeuraient pour le moment qu’à de fragiles hypothèses. S’étaient notamment le cas pour les chercheurs situés à Tysal et Ijart qui tentaient de déchiffrer les concepts mathématiques transmis, de plus en base iguathro que les scientifiques n’avaient que peu l’habitude d’utiliser. À Juboera et Nifla c’était également le problème, car ces équipes spécialisées en géographie avaient à leur tour besoin de comprendre les formules mathématiques pour calculer les points probables où se trouveraient les autres urnes.

Pour sa part, la Prêtresse Ijuqha devait faire face au manque de nourriture croissant de la citée que la nouvelle situation imposée par l’armée de Voskiar n’aidait nullement. Déjà les rendements agricoles étaient constamment en baisse plus les netime se faisaient rudes mais, en plus, le siège de Pegho aux wulo et wuli de la citée coupait par la même toute possibilité de ravitaillement alors que les terres les plus riches et un peu moins touchées par la crise se trouvaient derrière cette nouvelle ligne de front.
Ainsi, la colère commençait grandement à monter parmi la population et plus particulièrement dans les faubourgs constitués majoritairement de migrants. Beaucoup fuyaient vers les troupes de Voskiar espérant pouvoir y survivre, ce qui d’une certaine façon pouvait arranger la situation de Migepdir. Mais comme il s’agissait en général d’individus jeunes et bien portants, Pegho les accueillit avec satisfaction du moment qu’ils acceptent de rejoindre les forces voskariennes. Par contre celles et ceux qui ne pouvaient entrevoir de parti du fait de leur faiblesse physique restaient à la charge des services sanitaires de la citée qui avaient de plus en plus de mal à faire face à cette situation critique.

En conséquence de quoi, Ijuqha convoqua Okomia afin de définir un plan d’action, Migepdir ne pouvant se permettre de voir leur position se dégrader à ce point. D’autant plus que, maintenant, Pegho n’avait plus forcément besoin d’attaquer la citée au wulipe. Un simple siège suffisant à affaiblir constamment Migepdir.
Elles décidèrent donc dans un premier temps d’envoyer un groupe d’espions qui se fondrait parmi les vagues successives de migration. Ces espions auront pour tâche de revenir au bout d’une netissan afin de faire un point le plus précis de la situation des forces de Pegho.
Puis elles informèrent Lomapio et la Grande Prêtresse Xiantro de leur condition plus que précaire en l’implorant de demander aux citées les plus proches de leurs envoyer des renforts armés. Ce que Xiantro fit mais les citées lui répondirent également qu’elles ne seraient en mesure de se mettre en route qu’au wulipe. En plus pour certaines, le positionnement des forces de Voskiar les obligera à marcher d’autant plus pour contourner le dispositif mis en place par Pegho. En attendant, des stratèges de Lomapio transmirent la manière de construire des armes de jet efficaces et fabriquées à partir de bois que l’on trouvait encore suffisamment dans la région, même au neto.

Okomia constitua donc des équipes pour confectionner ces nouvelles armes en vue de l’assaut qu’elle espérait ainsi pouvoir mener au début du wulime suivant dès que les renforts seraient parvenus à Migepdir.
Puis, comme prévu, une netissan après leur départ, la plupart des espions revinrent à Migepdir. Certains n’étaient pas de retour mais on ne put savoir s’ils avaient été découverts ou s’ils avaient finalement trahi la citée. Quelques-uns arrivèrent plus tard arguant qu’ils se pensaient justement suspectés et avaient donc préféré différer leur retour.
Les divers témoignages furent tous pris en compte mais avec circonspection concernant les retardataires. Puis un nouveau conseil de guerre se tint incluant les lieutenants les plus proches d’Okomia. Ce qu’il en ressortit fut que Pegho bougeait rarement du bourg qui lui servait de poste de commandement et que les troupes situées dans les villages alentour ne répondaient qu’aux ordres de Pegho, très peu d’autonomie leurs était laissée. Pegho constituait donc le maillon faible de l’ensemble du dispositif. Si Migepdir parvenait à la neutraliser, ses lieutenants n’auraient que peu d’initiatives pour riposter. Le second point qui fut désigné était que le noyau dur de la secte Kophaskan constituée autour d’Erajo se trouvait maintenant dans un village plus au wuli du dispositif. Une action devait donc aussi être entreprise pour mettre fin aux agissements de la secte.

Il fut ainsi décidé qu’avant le terme même de la saison froide un double assaut serait mené à quelques wul d’intervalle. Le premier visera le village où résidaient Erajo et ses disciples. L’objectif premier étant de capturer à minima Erajo et de le ramener à Migepdir afin de le rendre inopérant. Le second objectif serait d’appréhender avec lui ses partisans identifiés comme étant les plus proches pour d’éviter que l’un d’eux prennent la suite d’Erajo. Le troisième objectif était purement stratégique en détournant l’attention de troupes de Voskiar sur cette région afin de permettre au second groupe l’attaque contre le village qui servait de quartier général à Pegho, en vue de la capturer également. Bien entendu cette seconde prise constituait en définitive l’objectif principal du plan.
Okomia souhaitait lancer l’assaut au plus vite, avant la fin de netime, avec de petites troupes d’élite afin de renforcer l’effet de surprise. Elle prépara donc deux équipes, la première serait commandée par Hefolap et constituée de hom soldates ; la seconde serait sous la responsabilité du netassaoui Tofuy et serait composée d’yuathro combattants pour la plupart netassaoui, car plus accoutumé à un assaut nocturne tel qu’il avait été planifié et aussi plus aptes à rester en surveillance discrète du village le temps que le premier groupe mène son attaque.
Les ro villages furent partiellement reconstitués sur la base des témoignages des espions précédemment envoyés afin que les équipes puissent parfaitement s’entraîner et avoir le dispositif en tête. Ainsi, durant un peu plus d’une netissan ils répétèrent les plans tout en imaginant des tactiques secondaires au cas où la principale échoue.
Quand les deux commandants d’unité décidèrent que leurs troupes s’étaient suffisamment endurcies et formées, ils préparèrent leurs équipements et provisions afin de pouvoir partir pe wul après…

Jamais les Penseurs ne furent aussi nombreux
Puis les opulents se terrèrent

Assaut

 

Les deux troupes prirent ainsi la route, chacune d’elles avait un plan de marche bien précis. L’enudta Hefolap devait rejoindre le village où résidait Erajo et ses disciples en Igu wul, autrement dit à marche forcée, en ne s’arrêtant qu’un minimum pour se reposer et se sustenter. Cela relevait d’un véritable exploit, surtout avec la neige qui était tombée abondamment au cours de netime. Mais les soldates et les soldats avaient été bien formées et étaient au mieux de leur forme physique. Elles marchaient l’une derrière l’autre et se relayaient en dernière position pour effacer autant que faire se peut leurs traces à l’aide d’un filet métallique qu’elles laissaient trainer dans la neige. La nuit un netassaoui, dont les yeux restaient mieux adaptés au noir, ouvrait la marche et chacune était reliée au soldat la précédant à l’aide d’une corde afin de bien suivre ses mouvements.
Le second groupe pouvait lui rejoindre le village plus proche de Pegho en peathroakkah wul ce qui leurs offrait des pauses un peu plus longues. Composé d’igu netassaoui, de ro enudta et d’une enada, ils marchèrent malgré tout avec entrain et atteignirent la grotte visée où ils se cacheraient en attendant l’attaque du premier groupe avec un demi-wul d’avance. Il faut dire que les netassaoui avaient préférés se déplacer dans les arbres où ils étaient plus à l’aise et, ainsi, chaque netir, leurs pe compagnons les rejoignaient après avoir préparé le bivouac et le repas. Puis, une fois installé à bon port, ils se relayèrent par groupe de ro sentinelles aux abords du village, patientant donc jusqu’à celui-ci s’agite, ce qui annoncerait que la première troupe avait à minima lancé l’attaque.

Ainsi, Hefolap tint son pari et se positionna non loin du bourg. Malgré leur petite taille, les netassaoui avaient une importance primordiale pour la réussite du double assaut, leur propension à pouvoir se déplacer dans les arbres sans laisser de traces au sol revêtait un atout non négligeable ainsi que leur acuité visuelle nocturne. De ce fait, Hefolap envoya une vigie netassaoui surveiller le village puis revint peu de temps après pour les informer qu’un groupe d’yu gardes arrivaient sur leur position. Certes, ils étaient bien cachés dans leur caverne, mais les gardes étaient aussi accompagnés par ro kahlii au flair acéré et, il ne faisait aucun doute que les mastodontes sentaient leur présence. Hefolap eut alors une idée ; juste avant d’atteindre à la grotte, ils avaient trouvés en chemin un cadavre d’un asmararii, un herbivore de bonne taille qui peuple les forêts de Zeyia et dont les cornes servent à confectionner, entre autres, de solides couteaux. Ils l’avaient donc apporté en vue d’un repas un peu plus consistant. Ils laissèrent la carcasse non loin de l’entrée de la grotte afin de masquer leurs propres odeurs aux kahlii. Le plan fonctionna jusqu’à ce que l’un des gardes fût quelque peu surpris de ne pas voir de traces menant au monticule rocheux sur lequel avait été déposé le cadavre. Ils commencèrent donc à inspecter les alentours, apparemment ils ne connaissaient pas l’existence de la grotte sinon ils s’y seraient rendus directement, mais l’entrée était bien cachée par la végétation. Tandis qu’ils s’approchaient de plus en plus de l’ouverture et que les chiens semblaient à nouveau plus nerveux, Ujast, une enudta qui accompagnait Hefolap, prit alors l’initiative. Ujast était une chasseuse émérite et avait la particularité de pouvoir imiter les cris d’un grand nombre d’animaux. Elle se mit à rugir telle une ohraqii. L’ohraqii était l’un des prédateurs les plus dangereux de ces forêts, d’une taille imposante, et même plus qu’un enada ou un enudta, il possédait de longues canines et des pattes postérieures surpuissantes qui pouvaient tuer n’importe qui d’un seul coup. Le cri fit sursauter les gardes et les kahlii se mirent immédiatement en position de défense tout en grognant et montrant leurs dents. Ujast rugit alors de plus belle puis prit le ton d’un jeune ohraqii. Tout laissait donc à penser qu’une femelle habitait les lieux et qu’en plus elle était avec son petit, ce qui ne la rendait qu’encore plus agressive. Oubliant leur prérogative et ne souhaitant pas affronter un tel monstre, les gardes tirèrent sur les laisses des kahlii, toujours prêts au combat pour leur part, et quittèrent au plus vite le monticule rocheux pour reprendre leur surveillance sans se retourner. Terrées dans leur cachette, les soldates de Migepdir furent soulagées. Hefolap se tourna alors vers Ujast et lui fit un large sourire de remerciement, toutes d’ailleurs vinrent lui faire une accolade malgré le fait qu’elles aient toutes pensé après son premier cri qu’une ohraqii habitait la grotte. Ils attendirent ainsi un bref moment, puis Hefolap envoya un netassaoui vérifier que les gardes continuaient bien leur chemin. Celui-ci revint peu après pour attester qu’il n’y avait plus de danger immédiat. Puis, on renvoya à nouveau un guetteur surveiller le village pour la nuit. À l’aide de couteaux, ils coupèrent quelques belles tranches dans les cuisses de l’asmararii et laissèrent le cadavre en place toujours dans le but de cacher leurs propres odeurs.

Au wulir, on envoya une relève à la sentinelle qui revint en annonçant que tout était calme au village. Suite à l’incident de la veille, elle n’avait pu prendre son poste que tardivement et tout le monde était déjà rentré dans ses cabanes. Hormis, les remplacements fréquents des gardes juchés sur des tours en bois, elle ne détecta aucun mouvement jusqu’au wulir où le village commençait juste à s’activer, principalement en allant chercher de l’eau dans le ruisseau qui coupait le bourg en deux. Mais elle ne distingua aucune de leurs cibles à l’extérieur.
À wulk, quand Wulio est au plus haut, on envoya à nouveau une relève. Le garde qui revint ne fit pas plus d’annonces que le précédent. Le village était calme et vaquait normalement à ses occupations quotidiennes. Lui aussi ne vit aucun de leurs objectifs en dehors, ce qui commençait à les inquiéter… et si, Erajo et ses apôtres avaient quitté le village pour rejoindre Pegho ?
Quoi qu’il en soit l’attaque était prévue pour cette net et ils ne pouvaient se permettre de modifier les plans. Néanmoins, le netassaoui de faction qui revint au netir leurs apporta de bonnes nouvelles. Avant qu’ils ne fassent trop sombre, les habitants du village se regroupèrent sur la place principale et se mirent en cercle. Alors apparurent Erajo et ses plus fidèles disciples tels qu’on lui avait décrit. Erajo déclama une oraison en vue de motiver les troupes malgré le froid persistant et leurs maigres provisions, puis, se tenant par les mains, la scène se termina par une prière collective. Le point le plus important était que les cabanes d’où étaient sortis puis re-rentrés leurs objectifs étaient bien celles qu’on leurs avaient indiquées à Migepdir. L’assaut aurait donc bien lieu comme prévu cette net.

Après un bon repas, ils s’endormirent puis Hefolap réveilla toute sa troupe qui se mit immédiatement en marche vers le village. Le plan était simple, ro netassaoui devait neutraliser le garde sur sa tour sans qu’il puisse donner l’alerte, de façon à permettre au reste des combattantes de surgir dans les pe cabanes visées. Une fois les prisonniers dehors, ils devaient mettre le feu à quelques masures et plus particulièrement à celles renfermant les provisions, tout en laissant celle qui abritait la GZK en l’état, car il fallait que Pegho puisse être prévenue de l’attaque.
Tout se déroulât à merveille, sauf que la biamae qui devait enlever Akiui, la jeune sœur agdossos qui avait rejoint Kophaskan, se fit mordre vigoureusement le bras par Akiui ce qui lui fit lâcher prise. Akiui en profita pour s’emparer d’un couteau de cuisine et lui planter dans les côtes. La biamae dut donc repartir sans Akiui, mais surtout avec une vilaine blessure.
Comme prévu malgré tout, tous se regroupèrent à la sortie du village, afin de lier les pieds et mains des prisonniers, de leurs poser un bâillon puis de les attacher sur le dos des plus costauds enada et enudta. Puis, ils foncèrent dans la nuit en direction de Migepdir, sans chercher à effacer leurs traces cette fois-ci, car ils devaient gagner un maximum d’avance sur une éventuelle contre-attaque. Mais, quand Wulio se leva, il devint clair que la blessure de la biamae ne lui permettait pas de conserver le rythme. Ils devaient prendre une décision et, bien que cela afflige Hefolap, celui-ci trancha que la biamae avec pe soldates suivraient le chemin direct vers Migepdir tandis que le reste de la troupe avec les otages emprunterait une autre route, certes plus longue, mais tout en effaçant à nouveau leurs traces afin de ne pas laisser deviner que le groupe s’était scindé. Au mieux cela donnerait une chance à la biamae de rejoindre au plus vite Migepdir pour être soignée, au pire elle servirait d’appât. Après s’être rapidement salué, mais avec une grande émotion, les yu soldates avec leur blessée continuèrent donc tout droit et Hefolap avec ses prisonniers bifurqua vers la route la moins probable et donc finalement la plus sûre.

Les ro sentinelles netassaoui qui revinrent au wulir faire leur rapport à Tofuy lui apprirent qu’au beau milieu de net le village s’agita subitement. Pegho rejoignit rapidement son poste de commandement où était installée la GZK. Puis ses lieutenants la retrouvèrent où ils étaient toujours enfermées au moment de la relève. Le seul mouvement qu’ils aperçurent fut igu netassaoui qui enfourchèrent des rekamii et partirent au galop au neto, vers Migepdir. Sans doute s’agissait-il d’une unité chargée d’intercepter les fuyards avec leurs prisonniers et notamment Erajo qui restait d’une importance cruciale dans les plans de Pegho. Cette annonce embarrassa quelque peu Tofuy qui pensait que Pegho avait finalement flairé le piège de la diversion que constituait la première attaque. Si elle laissait en place l’ensemble de ses troupes, cela n’allait pas l’aider à mener son propre combat.
Mais les sentinelles qui revinrent au camp au netir lui apprirent que durant le wulimt les villageois avaient préparé des carrioles avec d’abondantes provisions et armes diverses. Le tewul, le rapport se fit plus précis puisque les attelages étaient partis vers le wuli, en direction du bourg attaqué, avec un escadron assez fourni ce qui devrait largement affaiblir les défenses de Pegho sur place. Tofuy décida donc de lancer l’assaut dans ro net afin de laisser cette unité gagner suffisamment d’avance pour ne pas constituer un risque de contre-attaque rapide. Les netassaoui et les autres soldats profitèrent de ce répit pour reprendre des forces et se reposer en vue de l’offensive finale, tout en conservant une vigie en poste jusque-là.

Ainsi, au moment dit, la petite troupe se mit en marche durant net, des nuages cachant suffisamment Netissa pour constituer un nouvel avantage certain à Tofuy.
Après avoir rejoint la sentinelle, les igu netassaoui se mirent en place autour du village puis au signal de Tofuy qui imita le cri d’un parfoctii, un petit prédateur nocturne assez commun, ils déployèrent leurs bras et leurs cages thoraciques pour planer en silence jusqu’à l’intérieur du bourg et s’emparer de torches qui restaient toujours en position durant net sur les montants de certaines maisons. Ils mirent alors le feu au maximum de cabanes ce qui affola l’ensemble des villageois. Les ro enudta et l’enada profitèrent de ce moment de trouble pour entrer dans le bourg et se diriger vers la masure de Pegho qui ne devait pas être embrasée. Ils pénétrèrent en forçant la porte et se trouvèrent face à Pegho et ses deux gardes enudta, toutes bien équipées, comme d’ailleurs les pe de Migepdir, d’un couteau et d’une épée.
De leur côté, les netassaoui s’étaient emparés d’armes qui trainaient habituellement ici ou là dans le village. Grâce à leur agilité et leur rapidité, ils firent de nombreux blessés chez les soldates en panique, puis se placèrent près de la maison de Pegho en attendant la sortie des enudta et de l’enada. Mais, parmi les villageois, certains commencèrent à comprendre qu’il s’agissait d’une attaque de Migepdir et s’armèrent également à la recherche des assaillants. Tofuy fut d’ailleurs blessé à l’épaule par une flèche que lui décocha l’un de ses congénères de Voskiar avec son arc. Heureusement, celle-ci n’avait touché que du muscle, s’était douloureux, mais supportable.
À l’intérieur, l’affrontement débuta, mais fut bref, les deux gardes de Pegho ne pouvant lutter efficacement contre des soldats d’élite de Migepdir. Pegho se retrouva rapidement seule et comprit qu’elle ne pourrait combattre. Elle déposa donc ses armes sans un mot puis l’enada lui attacha fermement les poignées. Après avoir donné son couteau à la femelle enada, un enudta se plaça derrière Pegho, son épée sous la gorge, prête à la lui trancher si nécessaire. Ils sortirent ainsi et, à la vue de leur commandante sous l’emprise des forces de Migepdir, le calme revint peu à peu. Les netassaoui se regroupèrent également autour de l’otage puis Tofuy prit la parole malgré sa souffrance après être monté sur l’auvent de la cabane afin d’être bien entendu :

— Nous venons de capturer Pegho, si vous tentez le moindre geste, nous la tuerons sans aucune hésitation ! Vous allez déposer vos armes, nous ne vous ferons aucun mal. Vous nous laissez sortir du village, puis vous reprendre la route de Migepdir avec notre otage. Et je vous le répète, si vous tentez quoi que ce soit, nous la tuerons… sans hésitation !

Les soldats restèrent interloqués puis un à un, ils déposèrent leurs armes au sol. Seulement, le jeune netassaoui qui avait déjà fait un blessé parmi la troupe de Migepdir était monté sur une des tourelles en bois avec son arc. Malgré son âge c’était un archer précis, sans doute le plus appliqué de tout le village, et aussi le plus malin. Et, alors que les migepdiriens avançaient avec Pegho, il attrapa sans un bruit une de ses flèches, banda son arc et atteignit avec une justesse redoutable l’épaule de l’enudta qui tenait l’épée sous la gorge de Pegho. Sous la soudaineté de la douleur, l’enudta lâcha son arme et s’affaissa au sol. Et alors que le second enudta s’approchait de Pegho pour prendre la place de son malheureux partenaire, le netassaoui décocha avec une rapidité foudroyante et avec toujours autant de précision une seconde flèche qui vint se loger dans son molet, sectionnant le muscle et le faisant tomber en avant. L’enada qui était d’une nature moins belliqueuse que les enudta et aussi plus réfléchi comprit qu’il ne servait à rien tenter de reprendre le dessus et après avoir mis un genou à terre planta son couteau dans la cuisse de Pegho qui émit un cri terrible. Les igu netassaoui étaient eux montés sur le toit pour se placer à l’abri du versant opposé. Face à cet inattendu avantage, un biamae voskarien attrapa au sol un couteau puis vint libérer Pegho des liens qui l’entravaient. Elle reprit des mains du biamae le couteau et vint le planter dans le ventre de l’enada. Mais, avec cette attaque, elle se mit alors dans la ligne de tir de l’archer netassaoui qui venait de décocher une flèche en direction de l’enada. Pegho la reçut dans le dos et s’effondra à son tour au sol. L’enada réalisa que la bataille était perdue, mais se souvint de l’objectif qui était de ramener ou non Pegho à Migepdir, morte ou vive. Dans un dernier soupir, elle sauta alors en l’air tout en se retournant, pointant ainsi ses piques dorsales vers le sol puis s’abattit de tout son long et de tout son poids sur Pegho qui fût transpercée du haut de la cuisse jusqu’à la base du cou.

Voyant que l’attaque avait finalement échoué, les netassaoui s’enfuir en direction de la forêt, tout en espérant que la dernière action de l’enada avant de mourir l’ai suffisamment blessée, voire mieux. Mais ils n’en sauraient rien, devant avant tout retourner à Migepdir pour donner leur rapport. De plus, Tofuy devait rentrer au plus vite afin de soigner sa plaie à l’épaule qui pouvait s’infecter.
Au village, Pegho fut prise en charge immédiatement ; elle fut transportée dans la maison qui avait été transformée en hôpital de fortune et un médecin biamae s’occupa d’effectuer le premier diagnostic. Les blessures étaient multiples et avaient pénétré profondément la chair ; une avait notamment transpercé son estomac et une opération d’urgence devait donc être entreprise. La décision était lourde, car elle pouvait aussi se révéler fatale et, pour la première fois devait être adoptée sans le consentement de Pegho qui était toujours inconsciente. Mais le médecin prit sur lui et se prononça pour l’opération. Il donna ses instructions à plusieurs personnes présentes pour aller lui apporter divers produits, outils et surtout Nasofie, la seule infirmière agdossos qui pourrait le seconder. Tandis qu’on allait lui chercher ce qu’il avait demandé, il prépara Pegho pour l’opération. Celle-ci se déroula plutôt bien malgré l’état d’affaiblissement de Pegho. Le médecin put refermer la plaie interne ainsi que celle parcourant son corps. Outre celles au ventre, celle qui lui requerra le plus de concentration fur la dernière au cou. La pointe de l’enada s’était plantée non loin de la carotide nécessitant une attention particulière pour qu’une infection ne se développe pas. Puis le médecin put appliquer des onguents faits de différentes plantes de la région pour cicatriser les diverses plaies de Pegho. Puis il veilla la blessée, toujours inconsciente. On s’occupa également des autres blessés et on enterra les morts dans une fosse commune, dont l’enada. Les ro enudta furent placés dans une maison sous la surveillance constante de gardes armés ; on déciderait de leur sort dès que Pegho serait remise… espérait-on. Puis Kepti, un des plus proches lieutenants netassaoui de Pegho, après avoir discuté avec les autres subalternes, envoya un message au village demandant, une fois l’escouade partit il y a ro wul arrivée sur place, qu’elle revienne au plus vite suite à l’attaque et, avec le maximum de volontaires afin de renforcer le poste de commandement qui étaient maintenant diminuées.

De leur côté, les troupes qui retournaient à Migepdir connurent des sorts divers. Le petit groupe qui continua directement vers la cité avec la biamae blessée aux côtes vit cette dernière s’affaiblir au fil du temps. Au bout d’yuathro wul, elle ne put poursuivre trop épuisée par la marche et les repas frugaux qu’ils prenaient. Elle s’éteignit ainsi durant net, puis les netassaoui enterrèrent son corps avant de reprendre leur route avec tristesse. Lorsqu’ils arrivèrent à Migepdir, ils furent immédiatement conduits auprès de la Prêtresse Ijuqha qui leur accorda un temps pour se décrasser et se sustenter. Puis elle les reçut et les netassaoui firent un bref compte-rendu de leur aventure.
Le fait que le second groupe avait dû emprunter une route plus longue inquiéta la Prêtresse, mais finalement fut, bien que non voulue, une décision qui leur permit de ne pas être rattrapés par le commando envoyé par Pegho. Celui-ci suivit bien, comme prévu, les traces du groupe avec la blessée, mais ils ne purent arriver que jusqu’à la sépulture de la biamae. Puis jugeant s’étant par trop approchés de Migepdir ils firent demi-tour et revinrent au village.
Sans le savoir, ils croisèrent la route des netassaoui qui retournaient eux-mêmes au village de Pegho. Le bruit que faisait leur équipage attira l’attention des migepdiriens qui se cachèrent dans la végétation et virent leurs congénères sur leurs montures, mais sans avoir pu récupérer les otages. Ils les laissèrent donc passer, ne préférant rien tenter puisque leur action avait échoué. Puis ils arrivèrent à Migepdir où ils reçurent la même attention que leurs prédécesseurs.
La troupe d’Hefolap atteignit la cité en yuathpe wul. Leur périple s’était finalement déroulé sans incident majeur, seule l’obligation d’empêcher Erajo de parler et déclamer ses invocations demeurait une contrainte tout à fait gérable. Les autres otages prirent rapidement sur eux pour être plus coopératifs et on décida donc de les laisser libres de marcher et discuter, tout en restant liés à un soldat. Les prisonniers furent alors conduits dans un bâtiment sécurisé pour l’occasion et traités au mieux afin qu’ils ne développent pas de rancœurs supplémentaires vis-à-vis de Migepdir. Par contre, l’esprit d’Erajo semblait suffisamment troublé par son récent statut de prophète pour être considéré de manière plus sérieuse. Il fut ainsi séparé de ses apôtres tout en subissant un traitement digne et décent.

Devant ces retours tout autant bénéfiques que défavorables, il fut décidé en haut lieu, avec donc l’accord de Lomapio, de poser un statu quo stratégique. D’autant plus que les nouvelles venant des cités avoisinantes étaient plutôt bonnes puisqu’un certain nombre étaient en train de préparer des contingents pour renforcer Migepdir.
Pour leur part, des géomètres et géographes qui travaillaient de concert à travers Kahyia commençaient à comprendre les méthodes de calcul employées, basées sur une sorte de triangulation. Ils envoyèrent à leurs collègues de la cité de Rehal, située non loin de la grande mer intérieure Hajome, une première estimation du lieu probable où pouvait être enterrée l’urne. Ceux-ci commencèrent immédiatement leurs investigations.
Une autre nouvelle appréciable parvint de Faizfet ; en effet, l’activité du super-volcan semblait décroitre depuis quelques netissan. Bien que celle-ci ne fut encore que perceptible par les scientifiques sur place, ils avaient malgré tout bon espoir que la situation s’arrange rapidement. Par contre il faudrait sans doute de nombreuses wulian avant que la conjoncture globale s’améliore sur Kahyia.

Les terres arides furent la cause des premiers combats

Renforts

 

Tandis que la neige avait déjà bien entamé sa fonte annonçant ainsi un wulipe tant attendu, les premières troupes de renforts arrivaient dans la région de Migepdir. Une première armée provenait de Cusdiam, la grande cité au wuli de Migepdir, une autre de Lubi au wulo.
Les unités venant de Cusdiam avaient grossi au fil de leur passage dans des cités plus modestes qui, bien que parfois proches du mouvement Kophaskan, leurs avaient fait un accueil chaleureux et leurs avaient fourni des soldats supplémentaires, notamment parmi les plus jeunes et les plus motivés. Commandée par Ufad, une biamae à la forte personnalité, elle n’avait rencontré aucune difficulté particulière, à part les petites blessures habituelles propres à ce type d’expédition. Mais comme l’ensemble de la logistique avait été parfaitement organisée, cela n’avait eu que peu d’impact sur l’avancée des troupes.
La colonne venant de Lubi n’avait, elle, que peu grossi au fil de sa longue marche. En effet, bien qu’ayant croisé la route de plusieurs petites cités et villages, ces populations n’étaient que peu enclines à rejoindre le mouvement. Il faut dire à leur décharge que pour la plupart il s’agissait de groupes ayant fui le neto de Zeyia et le froid intense qui s’installait alors pour les régions plus chaudes et accueillantes du wulo. Établis depuis peu, ses habitants ne souhaitaient donc pas se mettre à nouveau en danger. Rajioma, une matriarche enudta avait pris le commandement des troupes du fait de sa grande expérience et de son autorité naturelle. Bien que peu belliqueuse, elle était secondée dans sa tâche par des lieutenants plus adeptes des combats. Elle avait reçu l’ordre de Lomapio d’installer ses contingents au wulo des villages conquis par Pegho afin de les prendre en tenaille. Mais elle était aussi accompagnée par un groupe de scientifiques de l’université de Lubi qui avaient effectué des recherches sur des plantes comestibles pouvant s’adapter au mieux au climat plus froid du neto et par conséquence, Migepdir.

Dès qu’elle fut en place, elle attendit donc une escorte légère venant de Migepdir qui contourna le dispositif de défense de Voskiar par le neti dont ils connaissaient moins la région. Une fois les soldats arrivés, on renforça le groupe pour en faire un véritable bataillon chargé de mener à bon port les agronomes de Lubi. Seul le passage du fleuve Xibik présenta une petite difficulté car celui-ci était sorti de son lit suite à la fonte des neiges. La troupe dut donc faire appel à la bonne volonté de pêcheurs afin de pouvoir traverser en toute sécurité, ce qui nécessita tout de même plusieurs allers-retours, les bateaux ne pouvant transporter que quelques passagers à chaque trajet.
Malgré tout, l’escorte parvint à Migepdir au début de wulime et les agronomes purent commencer leurs travaux avec les agriculteurs locaux. Ils avaient apporté avec eux de nouvelles semences et aussi des techniques plus adaptées aux grands froids, espérant ainsi améliorer le rendement des cultures.

Dans sa prison dorée, Erajo, qui n’ingurgitait maintenant plus de drogues, était peu à peu revenu à une certaine réalité et le dialogue avait pu donc être repris avec lui. La prêtresse Ijuqha lui faisait des visites assez fréquentes au cours desquelles elle avait entrepris de lui faire part de la situation factuelle et ainsi de l’échec plus ou moins attendu des actions menées par Pegho et les troupes voskariennes. Puis, peu à peu, elle vint accompagnée de la jeune biamae Tadiu malgré son agenda bien chargé. Celle-ci réussit à le convaincre que l’urne trouvée à Migepdir ne constituait nullement un danger pour les populations kahyiennes et, qu’au contraire cela pouvait être une chance réelle de pouvoir étudier les écrits d’une ancienne civilisation. De plus, elle était persuadée que celle-ci avait commis des erreurs et qu’il était donc primordial d’en connaître les causes afin de ne pas les répéter. Le même travail était entrepris avec les autres apôtres d’Erajo, malgré tout ceux-ci restaient circonspects quant à la véracité des propos qui leurs étaient tenus.
Dès qu’Ijuqha jugea qu’Erajo était suffisamment persuadé du bien-fondé de leurs conversations, elle organisa une première confrontation avec ses anciens disciples. Afin de faciliter les échanges, il fut donc décidé qu’Erajo irait habiter avec ses compagnons. Ils étaient toujours placés sous haute protection et ne pouvaient sortir pour des promenades que sous la surveillance des troupes d’élite de Migepdir. On les tint également informés régulièrement des avancées tant dans le domaine militaire que scientifique.
Ainsi, progressivement, les membres du groupe finirent par lâcher prise et se rendirent compte que leur cause ne pouvait trouver d’issue favorable. Ijuqha décida alors de proposer à Pegho une rencontre sur terrain neutre. La sachant en grande difficulté sur de nombreux plans par les rapports réguliers que lui communiquaient ses propres troupes positionnées autour des villages ; elle lui proposa également de venir avec une équipe médicale afin d’effectuer un diagnostic sur ses blessures et celles des plus mutilés par le dernier assaut, ainsi qu’avec des vivres dont manquaient maintenant cruellement ses troupes. Un message non crypté fut donc envoyé par GZK précisant le lieu et les modalités du rendez-vous. Celles-ci restaient non négociables et, Ijuqha laissait pe wul de réflexion à Pegho afin de pouvoir répondre favorablement ou non à la proposition. Le retour ne se fit pas attendre puisqu’elle parvint à l’opératrice agdossos le wul même au cours duquel il fut émis, prouvant par là les grandes difficultés que rencontrait Pegho.
On se prépara donc au face-à-face qui se déroulerait peathroakkah wul plus tard dans une clairière traversée par Hefolap au cours de son retour à Migepdir après l’assaut.

Pendant ce temps, les chercheurs continuaient leurs travaux, tant pour décrypter le langage utilisé sur les papyrus de Migepdir que pour déterminer des lieux précis où chercher de probables urnes.
Tadiu, Huypim et leurs collègues réalisaient de grandes avancées. Il ne restait plus qu’à confronter leurs hypothèses à la réalité des papyrus. Et en trouver d’autres permettrait sans doute d’accélérer leurs recherches.
La communauté de savants qui travaillait à déterminer l’emplacement des autres urnes avançait bien aussi de leur côté. Ils adressèrent à la cité d’Equoko de nouvelles coordonnées où chercher. Equoko était entouré par les hautes montagnes du continent Metusai et ils espéraient ainsi que ses gros blocs de pierre étaient restés relativement stables au cours du temps. Igu équipes furent donc constituées afin de lancer les fouilles aux emplacements indiqués par les géographes.
Et un wul, au beau milieu de wulime, LE message que toutes et tous attendaient arriva enfin. Celui-ci disait simplement : « Rehal, avons trouvé l’urne. Inscriptions : Laymeshryle Téhéran — L’ultime effondrement — sur le côté de l’urne. Entamons la phase d’ouverture. Nous vous tenons informé au plus vite. »

 

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