Effondrement

Les Penseurs se regroupèrent en clans

Alerte

 

Comme il n’avait pas été possible de trouver un compromis, la cité de Sisa-Lvet-Rus avait conservé les trois noms que lui avaient donnés les premières tribus agdossos, enudta et enada présentes sur le site depuis ses origines connues. Cela n’était pas l’unique caractéristique un tant soit peu particulière de la cité puisqu’elle avait été fondée dans un lieu semi-désertique, où ne passait aucune rivière, seule une source, mais abondante, l’alimentait en eau potable. Elle ne possédait pas non plus d’accès direct à la mer et était située à un bon jour de marche de la mer Nudij ce qui ne facilitait pas son approvisionnement en marchandises.
Pourtant, les recherches archéologiques de Depam démontraient que la cité avait été occupée depuis fort longtemps. Elle avait aussi prouvé qu’elle avait été un centre culturel et religieux de première importance dans les temps anciens.

Depam était la responsable des fouilles archéologiques de la région. Il était rare pour une enudta d’accéder à une telle fonction. Son attrait pour l’histoire était né, tandis qu’adolescente, elle avait découvert, certes par le plus grand des hasards, des ossements appartenant à une ancienne espèce ayant vécu ici il y a fort longtemps. Sa mère qui dirigeait le troupeau avait dépêché une messagère vers la cité pour informer le centre de recherche archéologique de cette découverte. Ajemut, le responsable netassaoui de l’époque, était alors venu avec un groupe d’étudiants attester de l’importance de celle-ci ; le squelette était complet ce qui restait assez rare. Puis ils l’avaient extrait du sol tout en le conservant dans sa gangue protectrice pour la rapporter ensuite au centre de recherche pour l’examiner plus en détail. Depam avait alors profité pour échanger avec les étudiants et, devant son enthousiasme, Ajemut avait proposé à sa mère de lui donner l’instruction nécessaire pour l’inclure à son groupe. Ainsi, bien que commençant très tardivement ses études, Depam avait suivi un cursus accéléré qui lui avait permis de rattraper son retard. Puis elle intégra l’équipe d’Ajemut et devint au fil du temps une archéologue reconnue par ses pairs pour finir par prendre la responsabilité du service.

Cette responsabilité demeurait d’autant plus remarquable que Sisa-Lvet-Rus était l’un des centres de recherches multidisciplinaires les plus importants de Kahyia. On y trouvait les scientifiques et chercheurs les plus illustres que cela soit dans des domaines aussi variés que l’archéologie, l’astronomie, la biologie, la géologie, la chimie, les mathématiques, la philosophie, la linguistique, la théologie, et bien d’autres.
D’ailleurs, Depam accompagnait ce wul, son ami biamae Rebial qui était climatologue et spécialiste des échanges gazeux de l’atmosphère. Rebial était quelque peu tendu et avait donc demandé à Depam de se retrouver à une taverne pour discuter avant son audition auprès de la Prêtresse Vouszet. Après avoir bu quelques evufam, Depam avait laissé Rebial devant l’entrée du temple agdossos.

Les gardiennes lui ouvrirent les portes de l’édifice après avoir vérifié son sauf-conduit ; Rebial pénétra alors dans le lieu sacré, traversa un long corridor en pierre orné de quelques peintures rappelant les grands faits historiques de la région. Les parois étaient hautes, des ouvertures surplombaient les pièces latérales afin de laisser entrer un peu de lumière et permettre une meilleure aération de l’édifice. Derrière les murs, il percevait sur sa droite les cours donnés aux jeunes sœurs ainsi qu’aux juvéniles des autres espèces kahyiennes tel qu’il avait pu en bénéficier il y a fort longtemps ; sur sa gauche se trouvaient les appartements privés de la prêtresse et de ses plus proches suivantes.
Au bout du couloir deux gardes étaient postées devant une large porte qu’elles ouvrirent sur la salle d’audience de la Prêtresse qui l’attendait déjà assise sur une natte de paille. Il se prosterna, ses deux mains jointes sur son torse, sa membrane supérieure le couvrant ainsi complètement.

— Bonjour Rebial, soit le bienvenu ! lui dit-elle. On m’a fait savoir que tu souhaitais me parler au plus vite de choses importantes et sans doute critiques.

— Oui Prêtresse, lui répondit Rebial en se redressant. En effet, je pense que je dois vous informer des faits graves qui sont en train de se dérouler, et des conséquences encore plus sérieuses qui pourraient en découler.

— Alors, dis-moi de quoi il en retourne. Assis-toi, je t’écoute !

Cela n’était pas la première fois que Rebial était reçu dans la salle d’audience puisque la plupart des cérémonies de remises de diplômes se déroulaient ici, bien qu’alors cela fût la mère de Vouszet qui officiait. Mais la solennité du lieu lui causait toujours un effet particulier ; pourtant la pièce tranchait avec la magnificence du corridor ; sans doute aussi haute que les salles de cours selon ses souvenirs, elle n’était ni très large ni très profonde. Seules deux nattes pour la Prêtresse et lui-même couvraient le sol avec à leur côté un verre et une jatte en terre cuite contenant de l’eau ; un unique meuble en bois rustique était disposé derrière la Prêtresse, il renfermait les différents accessoires dont elle pouvait avoir besoin en fonction de la cérémonie qui s’y déroulait ; aucune peinture et draperie ne décoraient les murs seulement entrecoupés par de hautes fenêtres qui laissaient entrer la lumière de Wulio et par quatre portes, la première à sa gauche donnant sur les appartements ; deux autres, situées de chaque côté du meuble, communiquaient avec les espaces de vies communes et les divers services qui assuraient le bon fonctionnement du temple ; la dernière à droite de la pièce permettait d’accéder aux salles de cours, d’étude et de méditation.

Rebial s’approcha donc, s’assit sur sa natte et commença son exposé.

— Prêtresse Vouszet, vous n’êtes pas sans savoir que depuis plusieurs netissan un certain nombre de volcans se sont réveillés à travers Kahyia. D’ailleurs, suite à l’effondrement de l’un d’eux dans la région d’Adetip, une vague géante a dévasté les côtes de la mer Nudij, détruisant des villages et provoquant un nombre conséquent de victimes. Je travaille actuellement avec plusieurs collègues spécialistes dans d’autres disciplines comme la géologie afin de comprendre pourquoi nous connaissons ce regain d’activité sismique. Nos échanges nous ont permis de déterminer que tout a débuté après l’affaissement d’une région entière sur le continent Nadutaki qui s’appelle Faizfet. Aujourd’hui encore, des collègues présents sur place nous informent, bien qu’ils n’observent pas de dôme volcanique classique, que nous avons à faire à ce que nous pouvons nommer une méga éruption. La violence du phénomène a alors engendré une onde sismique gigantesque à travers la couche supérieure de la planète, ce qui a provoqué par propagation les éruptions successives que nous connaissons encore à ce wul.

Rebial fit une pause dans son discours pour boire un peu d’eau. La Prêtresse lui sourit car elle ressentait bien que la gravité de la situation le tourmentait. La fraîcheur du liquide dans sa gorge et la sollicitude de la Prêtresse calmèrent ainsi Rebial qui reprit son discours.

— Et pourtant, cela ne sont pas les conséquences directes, souvent dramatiques, de ces diverses manifestations telluriques dont je suis venu vous entretenir, mais des effets que nous pouvons craindre à plus long terme. Les travaux que j’ai donc entrepris avec mes autres collègues montrent que ces éruptions dégagent avant tout une importante quantité du gaz que nous nommons « ruclaad ». Celui-ci finit par se propager dans l’atmosphère en créant un voile qui réduit l’énergie transmise par les rayons de Wulio, d’où d’ailleurs les teintes jaune-rouge que prend le ciel ces derniers temps. Et encore, cela n’est pas aussi marqué ici à Sisa-Lvet-Rus que dans certaines régions, mais cela risque sans doute de s’accroitre prochainement.

Vouszet leva légèrement sa main indiquant qu’elle souhaitait l’interrompre pour lui poser une question, mais Rebial répondit immédiatement à ce geste :

— Prêtresse Vouszet, j’en arrive maintenant à la conclusion de mon exposé qui reste certes spéculative, mais dont les conséquences pourraient être dramatiques sur le long terme pour les populations de Kahyia si moi et mes collègues avons vu juste.

Rebial profita à nouveau de ce léger intermède pour reprendre une gorgée d’eau.

— Ainsi, selon nos calculs, le taux de ruclaad dans l’atmosphère risque de ne faire qu’augmenter car nous ne savons pas combien de temps dureront les différentes éruptions, dont celle de Faizfet qui reste le point principal d’émission du gaz. De plus, nous pensons qu’en trop grande quantité dans l’atmosphère, la présence du ruclaad risque de bloquer de plus en plus les rayons de Wulio, qui constitue la principale source énergétique pour faire croître la flore kahyienne. Ainsi, si les doses de ruclaad continuent d’augmenter, cela va diminuer la production de végétaux, mettant en difficulté les espèces herbivores dont les plus grosses comme les enada qui en ont besoin en grande quantité vu leur métabolisme ; puis les prédateurs omnivores et carnivores seront impactés par la baisse de proies disponibles ; puis les espèces moins imposantes risquent à leur tour d’être touchées. Nous considérons que cela peut se produire, quel que soit le milieu, dans l’eau ou sur la terre ferme, et qu’ainsi nous pourrions nous diriger vers un effondrement de l’ensemble de la chaîne alimentaire à travers Kahyia.
Je pense donc que nous allons droit à des conflits locaux pour l’accès à la nourriture, voire à plus long terme, à des guerres entre cités et régions, sans compter les migrations de masse auxquelles nous allons avoir à faire face. Des rumeurs circulent déjà, bien que non formellement vérifiées, des enudta se seraient attaqués à des enada dans des zones proches des principales éruptions ; ce qui va à l’encontre des tabous ancestraux régissant la vie de ses deux espèces, comme vous le savez fort bien.
Je n’ai malheureusement pas de solutions toutes faites à vous proposer aujourd’hui pour pallier ce sombre avenir, mais sans doute cela passera-t-il par une collaboration accrue entre individus, espèces, tribus et cités.

Vouszet l’avait écouté avec grande attention puis prit la parole.

— Rebial, je te remercie tout d’abord pour cet exposé bref et concis de la situation. Je suis déjà informée, comme tu le précisais dans ton introduction, des catastrophes qui se déroulent ici ou là. Mais je suis également informé que la vie reprend après les drames et que les communautés se remettent au travail afin de retrouver une activité aussi normale que possible. Pour ce qui concerne tes conclusions, n’oublie pas que cela fait de très nombreuses wulian que nous vivons dans une harmonie presque parfaite. Certes, nous avons connu il y a fort longtemps des conflits qui ont pu être tragiques, voire très meurtriers, mais nous avons aussi su en tirer les conséquences en élaborant des règles simples de vie commune.
Pourtant, je ne pense pas que toi et tes collègues risqueriez de mettre à mal vos réputations respectives si vous n’étiez pas certains pas qu’un réel danger puisse survenir. Je vais donc en référer auprès des autres Prêtresses proches de notre cité et bien entendu à la Grande Prêtresse qui prendra si nécessaire les dispositions adéquates.
Je te remercie encore pour ta visite, je te tiendrai informé de la suite de mes échanges avec mes sœurs et, de ton côté si vous avez du nouveau quant à vos recherches, n’hésite pas à m’en faire part.

Rebial se leva, se prosterna à nouveau puis repartit vers la grande porte de la salle d’audience avant d’emprunter l’interminable couloir et se retrouver à l’air libre. Il prit une longue inspiration puis rejoignit le centre de recherche situé à quelques encablures de là. Il se rendit directement au laboratoire de Depam.

— Alors cette entrevue ? lui demanda-t-elle tandis qu’il entrait dans la pièce.

Rebial se laissa tomber dans le premier fauteuil qu’il vit et répondit en soufflant :

— Je crains qu’elle n’ait pas considéré à sa juste valeur la gravité de ce qui nous attend !

 

Les cultures ancestrales trépassèrent

Conseil

 

Une wulian avait été nécessaire à la Grande Prêtresse Cokyie et à son administration pour organiser un conseil des Sœurs Prêtresses. Ce conseil n’avait été convoqué qu’exceptionnellement, il y a fort longtemps, à des moments où Kahyia connaissait des conflits qui avaient perturbé son équilibre, mais qui avaient ensuite permis de retrouver la paix, tant entre cités qu’entre espèces. Les nombreux messages qu’avait reçus Cokyie après l’éruption de Faizfet l’avaient poussée à s’engager dans cette voie, à l’évidence extrême, mais qu’elle avait jugée indispensable.
Certes, toutes les 10 wulian les Prêtresses étaient invitées à Lomapio pour les fêtes à la Déesse-Mère Kaholi. Mais il s’agissait alors principalement de festivités, bien qu’entrecoupées de quelques assemblées. De plus, la présence de toutes les Prêtresses n’était pas indispensable ; certaines pouvant décider de ne pas se présenter si leur état personnel ou celui de leur cité ne leur permettaient pas de venir. Mais là, la situation s’aggravait et réclamait donc une organisation bien plus rigoureuse et exigeait que toutes les cités soient représentées.

Ainsi, le conseil avait-il convoqué pour le solstice de wulime dans le but de laisser le temps aux Prêtresses les plus éloignées de pouvoir rallier Lomapio. Elles étaient plus d’edaathigu à se retrouver donc dans la cité ancestrale. Les annexes du temple avaient été spécialement aménagées pour permettre aux Prêtresses d’y vivre le mieux possible durant le conseil qui ne se terminerait qu’à la fin de leurs travaux.
Toutes ces précautions n’avaient pas été inutiles car les Prêtresses du wulo de Metusai n’avaient rejoint la capitale agdossos seulement quelques wul avant la date fixée pour le début officiel du conseil. Netime ayant été particulièrement vigoureux, elles avaient dû attendre que wulipe soit bien entamé afin de pouvoir partir dans de bonnes conditions. Ainsi, elles avaient dû remonter à pied dans la neige et la glace plus au neto du continent avant de pouvoir prendre un bateau leur permettant la traversée de l’océan.

Maintenant que toutes étaient présentes, le conseil des Sœurs Prêtresses pouvait débuter par une cérémonie à la mémoire de la Déesse-Mère agdossos, Kaholi.
Le conseil ne pouvait se tenir que dans l’immense plaine jouxtant le temple et ses jardins dans laquelle avaient été édifiés des gradins en bois pour que toutes les sœurs puissent débattre dans de bonnes conditions. Un équipement sonore rudimentaire avait aussi été installé pour la première fois afin que toutes puissent entendre et se faire entendre. Après cette brève cérémonie d’ouverture, le conseil continua par les témoignages des Prêtresses.

Gerzi, qui était l’une des plus anciennes sœurs de l’assemblée, demanda à parler afin de faire état de la situation à Ferhqi.

— Mes très chères Sœurs, comme le savent un grand nombre d’entre vous, l’île de Ferhqi est régulièrement touchée par des éruptions volcaniques, des tremblements de terre et des vagues géantes. Mais notre vie de tous les wul est organisée en ce sens, nos habitats, nos cultures, nos infrastructures sont adaptées au mieux à ces manifestations du sous-sol. Parfois, nous connaissons des regains d’activité, mais auxquels nous avons toujours su faire face grâce à l’entraide entre cités et entre Prêtresses. Cela avait été le cas il y a de nombreuses wulian, au début de ma prise de fonction, et j’avais alors rencontré la Grande Prêtresse Estawya qui avait soutenu Ferhqi avec l’entraide des provinces du wulo de Zeyia. Malgré des pertes conséquentes, nous avons pu faire face et depuis la situation était revenue à une quasi-normalité. Mais depuis l’éruption de Faizfet, nos volcans se sont tous aussi réveillés, et la plupart le sont encore ; nous avons connu un séisme majeur il y a une wulian qui a engendré un tsunami qui a ravagé notre côte du wuli. Et cela est sans compter avec le voile rouge qui recouvre le ciel en permanence et qui, comme on me l’a certifié, fait baisser drastiquement nos productions agricoles.
Ainsi, à ce wul, la plupart des villages ne sont plus habitables, les éruptions soudaines ont fait des victimes en conséquence et, les populations sont en train de migrer vers la cité qui malheureusement ne sera en mesure de subvenir au besoin de toutes ; certaines ont d’ailleurs déjà pris la décision de traverser le bras de mer qui nous sépare du continent avec l’espoir d’une vie meilleure.

Gerzi n’eut nulle nécessité d’en dire plus, toutes les sœurs ressentirent la détresse dans son discours, certaines prièrent même en silence pour le destin de Ferhqi. Hejort, Prêtresse de l’île de Vekdiot, prit alors la parole. Vekdiot était l’une des cités proches de Faizfet.

— Mes Sœurs, Vekdiot et ses alentours sont touchés comme vient de le décrire Gerzi par les mêmes calamités régulières. Et, tout comme nos Sœurs des rives opposées de Dimahou, notre existence est organisée afin de s’y contraindre au mieux.
Étant situé à quelques wul de bateau et de marche de Faizfet, j’ai envoyé sur place, quelques netissan après l’éruption, une équipe d’éminents savants de notre centre de recherche tellurique afin d’obtenir un rapport de la situation, le plus exhaustif possible. Il apparait donc que c’est toute une région qui s’est effondrée et a laissé place à un déluge de feu provenant des entrailles de Kahyia. Les scientifiques n’ont pu s’approcher très près de la zone à cause des températures extrêmes qui y règnent et des émanations de gaz toxiques auxquels ils ne pouvaient s’exposer sans risque d’empoisonnement. Ils ont alors décidé d’en faire le tour pour voir l’étendue de la catastrophe. Ils ont mis iguathro wul pour revenir à leur point de départ, ce qui vous montre l’ampleur du phénomène. Mais ce qui les a le plus impressionnés est qu’ils n’ont rencontré nulle vie au cours de leur périple. Ils ont réalisé quelques prélèvements sur la flore subsistante et à leur retour ils ont pu déceler quelques êtres microscopiques vivant toujours, mais plus d’animaux visibles comme nous en connaissons dans la plupart de nos contrées.
Leurs conclusions sont donc les suivantes :

  • La cité de Faizfet, les villages et peuplades alentour, ont toutes disparu après le début de l’éruption.
  • Ils ne peuvent pas considérer le temps que durera l’éruption, mais elle continuera sans doute pendant plusieurs wulian.
  • Ils n’ont pu trouver la trace des premiers villages et animaux qu’à ro wul de marche de la périphérie de l’éruption.

Je vais maintenant vous décrire la situation à Vekdiot  ; nous connaissons aussi une baisse de nos cultures, mais apparemment moindre que dans les autres contrées ; sans doute notre positionnement au neti de Faizfet en est-il la cause. D’ailleurs, le ciel est plus d’une teinte jaune et non rougeoyante comme me l’ont avancé la plupart des Sœurs avant le début de ce conseil. Par contre, nous sommes déjà aussi confrontées à un afflux massif de populations provenant de la côte au neti de Nadutaki. Si nous parvenons encore ce wul à nourrir tout le monde, nous connaîtrons sans doute des difficultés dans les prochaines wulian si ces migrations se perpétuent et si nos productions agricoles et halieutiques continuent de chuter, comme nous pouvons le malheureusement le craindre.

Après ce second témoignage précis sur la cause directe des bouleversements en cours, le silence se fit dans l’assemblée. Chacune se toisa du regard pour savoir qui prendrait ensuite la parole.
Après quelques secondes, une main se leva tout au bout des gradins. Il s’agissait de la Sœur Psufiem, Prêtresse d’Ijart qui se situe sur la côte de l’océan Agtopo, au neti du continent Monoru. On lui apporta le petit boitier qui lui permettrait de se faire entendre de toutes.

— Mes Sœurs, à Ijart, nous connaissons les mêmes effets terribles que les Sœurs Gerzi et Hejort ont décrits précédemment, je ne reviendrai donc pas dessus. Par contre, nous sommes confrontées à trois autres calamités.
Déjà, la vaste forêt Aliso qui entoure notre cité est en train de disparaître. Nos chercheurs pensent que cela vient des pluies qui emportent avec elles des particules de gaz qui sont émises lors des éruptions. Ces pluies souillent les sols ; les arbres et la végétation sont de ce fait contaminés et meurent en nombre. Pour celles qui sont déjà passées nous rendre visite, je vous assure que vous ne reconnaîtriez pas la région !
Ensuite, les populations vivant exclusivement dans la forêt sont les secondes victimes de ces pluies. Elles sont empoisonnées par la végétation ou les proies herbivores qu’elles ingurgitent. Cela provoque ainsi des migrations massives vers les cités côtières avec l’espoir d’y trouver de quoi guérir leurs malades, de même qu’une alimentation plus saine. Pour ce qui concerne les premiers, nos docteurs ne peuvent que peu agir et prescrivent en général de simples lavements d’estomacs. Certaines survivent au traitement, mais malheureusement beaucoup succombent, notamment les jeunes et les anciens, plus fragiles. Au sujet de la nourriture, nous cultivons certes des fruits et légumes sous serres et possédons aussi quelques élevages, mais qui suffisent à alimenter la population de la cité, et non pas toutes ces bouches supplémentaires.

Les Sœurs Motariemo et Duvaytri, respectivement Prêtresses de Nediami et Sfagik, deux autres cités côtières bordant la forêt tropicale d’Aliso qui entouraient Ijart, opinèrent de la tête pour confirmer les paroles de Psufiem car elles connaissaient les mêmes désagréments qu’à Ijart.

— Enfin, ces populations, nouvellement arrivées pour fuir leur situation précaire, se sont regroupées en bordure de la cité, construisant pour certaines des cabanes de fortune avec les restes de bois mort. Mais cette promiscuité combinée au grand nombre de malades a alors engendré il y a peu une épidémie qui a atteint le centre même d’Ijart. Cette épidémie cause à nouveau de nombreuses victimes, nous ne savons pas comment la combattre et, à l’instant où je vous parle, elle ne cesse de proliférer.
Nous n’étions très clairement pas préparés à un tel afflux et nous restons peu en mesure de trouver les solutions les plus adaptées à cette calamité.

Une fois ces paroles prononcées, le silence se fit encore plus pesant. Chacune des sœurs présentes redoutaient que prochainement leur cité soit à leur tour touchée par de tels afflux de populations, par les famines et les épidémies, même si pour le moment leur propre situation ne semblait pas aussi fragile. Cokyie reprit alors la parole.

— Mes Sœurs, je ressens les troubles qui vous tourmentent après ces trois inquiétantes allocutions. Je vous propose donc que nous arrêtions là pour ce wulir. Nous avons mis à votre disposition plusieurs GZK afin que vous puissiez communiquer avec vos cités respectives. Nous allons aussi prendre un temps d’échanges informels autour du déjeuner et nous retrouver en fin de wulimt pour la suite des déclarations.

Toutes acquiescèrent, les discussions en tête-à-tête ou en petits groupes se poursuivirent sans plus attendre. À cause de l’angoisse peu avaient réellement faim. Le buffet ne fut donc que très partiellement approché ; les restes étant reversés aux quelques migrants qui avaient aussi déjà commencé à rejoindre la périphérie de Lomapio.

Ainsi, un peu avant que Wulio ne disparaisse derrière les hautes montagnes d’Urpi, la séance reprit. Ce fut alors Obajew, la Prêtresse de Nifla qui demanda la parole. Nifla se situait au wulo de la grande île Ikizo qui marquait la séparation entre les océans Hatisye et Dimahou.

— Mes chères Sœurs, Nifla est l’une des cités les plus au wulo de Kahyia, mais nous conservons depuis la nuit des temps un climat malgré tout relativement tempéré. Certes, parfois les netime peuvent se révéler plus ou moins marqués, mais une fois wulipe revenu nos champs nous donnent des fruits et des légumes à profusion.
Seulement, depuis les événements de Faizfet, les netime qui ont suivi sont de plus en plus rudes et le dernier l’a été tout particulièrement. Les informations que j’ai reçues ici à Lomapio attestent que la plupart des sols sont toujours gelés à ce wul. Mes sœurs ont été aidées par les troupeaux d’enada de la région pour les labourer afin de permettre d’effectuer les semis, mais toutes estiment que les récoltes seront bien moins prolifiques cette wulian. Nous avons bien quelques cultures sous serres qui, nous l’espérons, donneront à plein rendement. Malgré tout, notre situation reste précaire.
Nous avons déjà contacté les cités avoisinantes, mais la plupart connaissent aussi des baisses de leurs récoltes et ne sont donc pas en mesure de nous promettre d’être en capacité de nous approvisionner ; comme nous ne le sommes pas pour elles.
Les seuls qui se réjouissent un tant soit peu de la situation sont les communautés biamae implantées sur les côtes. Elles voient un certain nombre d’espèces de poisson remonter du wulo et ainsi leurs pêches s’avèrent singulièrement plus prospères. Cet apport supplémentaire en ressources halieutiques devrait nous permettre de nourrir l’ensemble des habitantes de la cité. Mais des troupeaux d’enada sont d’ores et déjà en train de migrer plus au neto de l’île, comme le font aussi un grand nombre d’espèces strictement herbivores, afin de trouver une nourriture plus abondante.
J’ai parlé au cours de ce wulimt à plusieurs Prêtresses dont les cités sont, tout comme Nifla, situées les plus au wulo et au neto de Kahyia ; toutes m’ont confirmé des conséquences plus ou moins identiques dans leur région.

Plusieurs Prêtresses provenant, tant du wulo d’Ikizo et de Metusai que du neto de Zeyia et Nadutaki, acquiescèrent. Ekomu, Prêtresse de Suhyapor localisée au neto de Zeyia, demanda d’ailleurs à pouvoir ensuite s’exprimer.

— Mes chères Sœurs, comme vient de vous le décrire Obajew, nous en tout point identique à Suhyapor. J’ajouterai juste qu’au cours du dernier netime, plusieurs villages biamae situés sur les côtes ont été les victimes de vols de leurs stocks de poissons. Ces vols ont été mis au profit de mâles juvéniles enudta qui se regroupent entre eux après avoir été chassés de leur troupeau d’origine le temps de rejoindre un nouveau clan.
J’ajoute également que des enada nous ont fait part de la perte de l’un de leurs jeunes et que le cadavre laisserait entrevoir une attaque d’enudta et, sans doute, du même groupe que je viens d’évoquer. Ceci restant en totale contradiction avec leurs croyances et tabous communs.

Ainsi, les Prêtresses continuèrent à témoigner un long moment cette net et les wul suivants. Toutes firent, plus ou moins, part de constats et de difficultés identiques, liées aux ressources alimentaires, à la baisse des températures, aux pollutions des sols, aux migrations vers les cités, aux épidémies qui commençaient à se propager, aux conflits entre espèces et, mêmes entre communautés. Toutes déclarèrent aussi ne pas pouvoir agir sur différents fronts en même temps et gérer les problèmes qui apparaissaient ainsi les uns à la suite des autres.

Des points sensibles prioritaires furent alors dégagés et traités par groupes de réflexion afin de trouver les solutions les plus adaptées. Mais les diverses situations sur place évoluaient aussi au fil de leurs discussions. Une netissan fut encore nécessaire pour que les travaux de ces différents groupes aboutissent et que Cokyie puisse réunir à nouveau l’ensemble des Sœurs en assemblée afin de faire part des conclusions.

— Mes très chères Sœurs, cela n’a pas été sans peines que nous sommes parvenues à un consensus. Je tiens tout d’abord à vous déclarer que je suis fière d’avoir convoqué cette assemblée extraordinaire. J’espère de tout mon cœur que les conclusions que je vais vous soumettre sauront au mieux endiguer les crises que nous connaissons toutes.
Donc, nous avons décidé, dès maintenant, la mise en place de conseils intercités d’une même région. Une carte de répartition a été établie en ce sens. Ces conseils seront convoqués toutes les pe netissan, ils auront la charge d’analyser les problèmes qui se posent localement et y trouver les solutions les plus adaptées. Les procès-verbaux de ces réunions seront communiqués à mes services, ici à Lomapio, qui les étudieront et les reverront avec nos propres conclusions à l’ensemble des cités. Ainsi, vous saurez très rapidement ce qui se décide à travers Kahyia afin d’éventuellement affiner vos modes de fonctionnement. Si le besoin s’en faisait ressentir, des cités extérieures à tel ou tel conseil pourraient être invitées à participer en fonction de vos spécificités locales, et ce, afin aussi d’éviter un trop grand cloisonnement de chaque région.
Enfin, nous nous retrouverons à nouveau dans igu wulian pour une seconde assemblée extraordinaire en marge des prochaines fêtes à Kaholi. Cette assemblée sera chargée de réaliser un nouvel état des lieux, tout en espérant que cette crise soit alors dernière nous !
Je vous remercie très chaleureusement pour votre implication tout au long de ces wul et je vous souhaite un bon retour dans vos cités respectives.

La plupart des Prêtresses applaudirent avec espoir à la fin du discours de Cokyie, mais certaines ne semblaient que peu confiantes en la mise en place de ces conseils intercités pour résoudre les maux qui les touchaient.

 

Les épidémies se propagèrent

Troubles

 

Yu wulian étaient passées, Cokyie était morte au début du wulipe précédent des suites d’une longue infection que même ses médecins personnelles n’avaient su guérir. Sans doute l’avait-elle contractée lors de ses nombreuses visites au camp de migrantes qui bordait la cité.
Depuis, Xiantro avait été élue Grande Prêtresse, mais à l’inverse de ses prédécesseuses la cérémonie d’investiture était restée singulièrement sobre au vu des récents événements. Seules quelques Prêtresses de cités proches s’étaient déplacées ; mais plus pour plaider la cause de leur propre population.

La situation globale ne faisait qu’empirer wul après wul  ; d’ailleurs, Xiantro avait dû prendre une décision importante en annulant le conseil des Sœurs Prêtresses planifié la wulian suivante lors du dernier conseil initié par Cokyie.
Quoi qu’il en soit, les conseils intercités continuaient leurs labeurs et permettaient un tant soit peu de conserver un calme tout relatif. Un net repli sur soi de certaines communautés était entretemps apparu.

Lomapio connaissait aussi l’une des plus importantes migrations sur Kahyia. En effet, malgré l’implantation quelque peu extrême de la région d’Urpi, les populations locales avaient développé une agriculture totalement adaptée aux hauts plateaux. Et, bien que les derniers netime devenaient plus longs et plus rudes, ce savoir-faire ancestral leur permettait de faire face au mieux aux changements qui s’étaient amorcés.
Mais, depuis, des troupeaux d’enudta venus du neto de Zeyia s’étaient rassemblés et avaient attaqué des villages sur les pourtours d’Urpi. Ils en prirent la possession et firent même travailler les populations survivantes pour leur compte. Ils détenaient déjà quelques netassaoui qu’ils avaient capturés en traversant les forêts centrales de Zeyia. Ceux-ci les aidaient à la chasse, malgré leur petite taille, ils restaient d’une efficacité redoutable lorsqu’ils se trouvaient en groupe. Les netassaoui n’avaient ainsi d’autre possibilité que de collaborer parce que les enudta gardaient prisonniers leurs enfants au campement et ils menaçaient de les tuer et de s’en repaître si leurs parents décidaient de s’échapper.
Il y avait ro wulian alors que Cokyie était toujours vivante, une vieille femelle enada, Boglaze, était parvenue à s’enfuir du village multicommunautaire où elle était retenue prisonnière. Après avoir repris des forces, elle fit le récit des conditions de vie dans le village sous contrôle des enudta. Celui-ci fit frémir les sœurs agdossos présentes.
Les enudta avaient attaqué son village quelques netissan auparavant. Les villageois, en majorité agdossos, netassaoui et enada, qui vivaient jusqu’alors paisiblement malgré les difficultés récentes, s’étaient défendus du mieux qu’ils purent, mais beaucoup périr au cours de l’assaut nocturne. Les quelques survivants furent alors regroupés dans la maison commune du village qui devenait ainsi leur nouveau foyer, les enudta s’attribuant pour leur part leurs cabanes. Ils repérèrent ensuite les agdossos et netassaoui les plus aptes à les aider à la chasse. Il s’agissait donc principalement de jeunes adultes vigoureux ayant une descendance qui leur servait ainsi de moyen de pression s’il leur venait l’idée de s’enfuir. Les enada, moins habiles à la chasse, s’occupaient des champs, des cultures sous serres et des soins aux animaux d’élevage. Mais très vite, les enudta durent se rendre à l’évidence que les chasses ne suffiraient pas à les nourrir convenablement. Les quelques bêtes domestiquées n’apportaient guère plus que du lait et des œufs, ce qui les satisfaisait auparavant, mais plus après l’arrivée des enudta.
Nasepis, la matriarche du groupe prit alors la décision de, non seulement, profiter de la force de travail des enada, mais aussi de s’en nourrir s’ils en avaient besoin. Bien entendu, cette décision fut largement discutée car elle allait à l’encontre des préceptes religieux qui liaient enudta et enada à travers leur dieu commun Eneda. Mais la grande faim que ressentait tous les membres de la communauté enudta les firent prendre le parti de Nasepis. Seul Jusia qui était le chamane, et donc le gardien de la doctrine religieuse, s’éleva contre cette décision inepte. Il fut alors banni du groupe et Nasepis s’octroya de fait les fonctions du chamane déchu. Les enudta forcèrent ensuite les enada à s’accoupler afin d’augmenter le nombre d’enfants et donc de nourriture disponible.
Un viol fut même commis par le frère de Nasepis à l’encontre d’une femelle enada et celle-ci tomba alors enceinte et donna naissance à un bébé hybride possédant tant des caractéristiques de la mère que du père. Nasepis décida ainsi de mettre à l’écart les femmes enada qui furent donc les victimes de viols répétés jusqu’à ce qu’elles soient engrossées. Nasepis décréta également que les jeunes issus de ces unions ne seraient ni considéré comme enada ou enudta et qu’ils n’auraient donc aucun droit. Ils ne serviraient qu’aux travaux de la communauté et si nécessaires à nourrir les enudta.
Heureusement pour elle, Boglaze était trop vieille pour enfanter et trop maigre pour sustenter les enudta ; elle fut ainsi vouée aux activités agricoles. Un netir, elle profita d’une beuverie entre enudta et de la baisse de vigilance de ses geôliers pour s’enfuir de cet enfer. Elle décida de suivre la route des hauts plateaux bien que cela mette sans doute sa vie en péril. Après plusieurs wul de marche, et alors qu’elle s’affaiblissait de plus en plus, elle rencontra sur une patrouille de Lomapio qui la raccompagna jusqu’à la cité.

Cet effroyable récit ne fut pas le seul qui parvint aux oreilles de Xiantro. Un peu partout sur Kahyia le repli sur soi devenait la norme, parmi toutes les communautés. Cokyie elle-même juste avant de mourir avait dû prendre la décision de créer une milice pour défendre la cité.
Habituellement, la Grande Prêtresse ne disposait que de quelques gardes au temple, mais cela relevait plus de l’apparat que d’un réel besoin de protection. Ce corps était constitué de jeunes sœurs qui étudiaient et cette tâche faisait ainsi partie de leur apprentissage et montrait leur dévotion à la Grande Prêtresse. Mais face aux nouvelles menaces extérieures, Cokyie avait donc finalement décidé la création d’un peloton dédié à la défense de la cité et plus largement de la région. Toutes les bonnes volontés demeuraient les bienvenues et cela avait ainsi permis d’intégrer des jeunes de toutes espèces, originaires de Lomapio ou migrantes.
Xiantro et ses conseillères étaient aussi en train de réfléchir à élargir les missions de cette milice, afin que non seulement elle défende les intérêts de Lomapio, mais qu’elle puisse également reprendre le contrôle de villages à des groupes violents et cités avoisinantes, où la terreur régnait. Une des sœurs qui étudiait la physique et la mécanique avait inventé ce qu’elle avait appelé un lageptiv, une sorte de long tube qui expédiait des boulets contre d’éventuels adversaires à l’aide d’une poudre explosive. En ce moment, elle cherchait à miniaturiser l’appareil pour le rendre plus transportable et plus maniable.

Ainsi, à travers Kahyia, de telles milices étaient-elles en train de se mettre en place, et de nouvelles armes étaient conçues. Des sœurs élaboraient également des traités de stratégies tant de défense que d’attaque à l’aide de jeux. Les netassaoui semblaient d’ailleurs particulièrement doués en ce sens. Leurs connaissances de la forêt permettaient de protéger au mieux les élevages d’insectes et ils n’hésitaient pas aussi à reprendre le contrôle de certaines zones ; notamment après à des incursions d’enada qui pénétraient de plus en plus au cœur des forêts, qui se clairsemaient toujours plus, afin d’y trouver de la nourriture végétale plus abondante que dans les plaines.
Pour leur part, les biamae étaient devenus des experts dans l’art de construire des murs d’enceinte qui repoussaient toute intrusion qui aurait pour objectif le vol de leurs pêches. Ils étaient aussi en train de concevoir des bateaux armés afin d’endiguer le risque d’incursion par la mer ou par le littoral.

Mais toutes ne pensaient pas qu’à protéger leurs foyers et leurs biens. Ainsi, Fyhiro continuait ses études au laboratoire d’archéologie de Sisa-Lvet-Rus. Fyhiro était une biamae qui depuis toute petite était une rêveuse qui s’intéressait plus au ciel et à la faune terrestre qu’à l’océan, ce qui désespérait quelque peu son père. À l’adolescence, elle avait appris que des fouilles conduites par la grande archéologue enudta Depam avaient débuté non loin d’Opui, près du mont Gihow. Ainsi, elle se porta candidate pour participer bénévolement aux fouilles. Après avoir reçu la lettre qui lui permettait de collaborer, elle entreprit le voyage vers le neto de Monoru sur un bateau de commerce. Une fois arrivée sur place, elle commença le travail qui était plus éprouvant qu’elle ne l’aurait pensé. Mais après quelques jours, elle eut la chance de rencontré Depam et elles eurent ainsi une longue et belle discussion qui dura toute une net.
Devant la motivation de la jeune biamae, Depam lui conseilla de suivre un cursus accéléré afin de parfaire son éducation en sciences. Alors, Fyhiro intégra, après la campagne de fouilles, les cours du temple agdossos de Sisa-Lvet-Rus. En igu wulian, elle assimila tant bien que mal les rudiments qui lui seraient ensuite nécessaires. Pendant son temps libre, elle continuait de travailler avec les équipes de Depam que cela soit sur le terrain ou au laboratoire. Et après avoir brillamment fini son cursus, elle intégra formellement le laboratoire de Depam.
Elle fut alors désignée responsable de l’une des équipes de fouilles qui devaient rejoindre Opui pour une nouvelle campagne. Et, grâce à l’intuition de Fyhiro, son équipe découvrit un squelette complet pris dans sa gangue de pierre fossilisée. Autour de celui-ci, elles trouvèrent également des bijoux et des artefacts sur lesquels étaient inscrits des textes dans une écriture et une langue inconnue. Les archéologues étaient en train de préparer le squelette et l’ensemble des objets découverts à être ramenés au laboratoire de Sisa-Lvet-Rus afin d’être étudié plus en détail quand, Fyhiro reçu une missive de son village lui annonçant que sa mère venait d’être attaquée par un gardii, un poisson carnassier à la taille modeste de la famille des gardirii bien plus imposants.
Malheureusement, sa mère succomba à ses blessures non sans lui avoir proclamé toute la fierté que lui inspirait sa fille avec la voie inhabituelle qu’elle avait choisie et dans laquelle elle réussissait. Tandis que sa mère rendait son dernier souffle, un léger tremblement se fit sentir dans la cabane ; c’était le mont Gihow qui venait de se réveiller. Après que le village eut remis le corps de sa mère à l’océan, elle reçut une nouvelle missive dans laquelle Depam lui annonçait qu’une bonne partie de son équipe, qui avait alors rejoint la cité au pied du mont Gihow la veille de leur départ pour Sisa-Lvet-Rus, succomba à la colère du volcan. Depam lui signifiait également son propre retour au laboratoire où elle l’attendrait après le temps du deuil.

Fyhiro, qui n’avait alors plus d’attaches à son village, son père l’ayant reniée après le choix qu’elle avait fait adolescente, décida de repartir sur-le-champ. Moins d’une netissan plus tard elle arriva à Sisa-Lvet-Rus où elle retrouva Depam bien affectée par la catastrophe et la perte de leurs collègues. Depam lui annonça alors qu’elle devenait ainsi son adjointe, son prédécesseur ayant péri au cours de l’éruption. En effet, ce dernier avait remplacé Fyhiro repartit à son village.
Fyhiro l’avisait en retour qu’elle ferait tout son possible pour être à la hauteur de la tâche que lui confiait Depam, notamment en mémoire de leurs amies parties trop tôt. Depam ne douta pas un instant de son choix…

 

 

Les pouvoirs s’effondrèrent

Papyrus

 

Abom et Kahupe étaient deux jeunes enudta qui avaient rejoint il y a peu un groupe de mâles tout juste adultes qui demeurait dans la région de Migepdir, une petite cité agdossos au neti de Zeyia. À cause du manque de proies ils avaient tenté de s’installer à la périphérie de la cité en espérant pouvoir y trouver de la nourriture plus facilement. Mais ils furent alors rejetés par les habitants des faubourgs qui voyaient d’un mauvais œil l’arrivée de ces jeunes enudta qui leur inspiraient de la crainte. Un de leur camarade fut d’ailleurs blessé au cours d’une échauffourée avec la population locale. Ils se replièrent ensuite vers les collines environnantes, vivant tant bien que mal, et devenant des experts dans la fabrication de pièges qui leur permettaient de capturer de petites proies.
Ils avaient investi une grotte suffisamment grande pour les mettre à l’abri des intempéries. Le wul précédent ils l’avaient d’ailleurs quittée précipitamment au moment du repas du soir, généralement le seul, à cause d’un tremblement de terre. La grotte ne s’était pas effondrée et ils avaient donc pu y revenir ce wulir. Ils venaient de finir en toute tranquillité leur dîner. Comme bien souvent, ils s’apprêtaient à commencer quelques jeux afin de mesurer leur force respective ce qu’ils auraient à nouveau à montrer lorsqu’ils devraient tenter de rejoindre un troupeau familial. Abom et Kahupe n’avaient pu surclasser leurs adversaires du netir un peu plus âgés et costauds. Ils s’étaient alors isolés du groupe pour avoir des rapports plus intimes, comme cela se pratiquait aussi régulièrement au sein des troupeaux de juvéniles.
Seulement, en ce début de net très sombre dans le sous-bois jouxtant la grotte, Kahupe heurta de son pied quelque chose. Le choc lui tordit un peu la cheville et Abom s’en inquiéta, mais heureusement il n’y avait rien de grave. Ils s’intéressèrent ensuite à ce qui avait causé ce choc et ils trouvèrent un morceau de métal qui dépassait du sol, mais semblait n’être que l’extrémité d’un objet plus long. Ils essayèrent de dégager la terre autour, mais la chose était enterrée bien plus profondément. Ils décidèrent de rentrer à la grotte et de revenir plus tard sur les lieux lorsqu’il ferait plus clair.

Ils y retournèrent donc, peu après que Wulio se soit levé, et retrouvèrent rapidement l’endroit puis, ils mirent une bonne partie du wulir à dégager entièrement l’objet métallique. Ils découvrirent alors une sorte de longue urne cylindrique sur laquelle étaient gravées des inscriptions incompréhensibles pour eux.
Ils rapportèrent leur découverte à la grotte ce qui fascina l’ensemble des jeunes enudta qui revenaient de la chasse avec leur maigre butin. Mais aucun n’avait d’idée de ce que pouvait être cet étrange objet. Ils décidèrent donc qu’Abom et Kahupe iraient le wul suivant jusqu’à Migepdir afin de remettre le cylindre aux autorités qui peut-être sauraient de quoi il s’agissait. Cette idée effraya quelque peu les deux jeunes enudta dont le souvenir de leur refoulement de la cité était encore prégnant. Mais cela pourrait aussi constituer une bonne occasion pour le groupe de se faire mieux voir de la population dans le cas où cette découverte serait d’une quelconque importance.
Ainsi, Abom et Kahupe prirent-ils le chemin de la cité le wulir suivant. Mais, une fois, arrivés aux faubourgs de Migepdir, ils furent stoppés par une troupe armée de netassaoui.

— Que venez-vous faire en ces lieux jeunes enudta ? Vous savez très bien que nous ne voulons pas de vous ici ! Et quel est cet objet que vous transportez ? leur demanda celui qui semblait être le chef de la milice.

— Nous l’avons trouvé biwul près de la grotte où nous vivons. Nous l’apportons à la Prêtresse Ijuqha, car comme tu le sais aussi, toute découverte doit être présentée aux agdossos afin qu’elle soit étudiée. Lui répondit Kahupe.

— D’accord, restez ici. Jerda, cria-t-il en se retournant vers ses troupes, file prévenir les gardes à la porte principale.

Jerda partit donc avertir les gardes de la cité dont les effectifs avaient largement été augmentés il y a peu suite aux incidents liés à l’établissement des nombreux migrants aux alentours. Il revint avec Okomia la cheffe enudta des gardes qui avaient tenu à venir elle-même dès qu’elle apprit que de jeunes garçons de son espèce attendaient avec une curieuse requête que Jerda n’avait su exposer clairement.

— Que voulez-vous mes amis ? leur demanda-t-elle à son tour.

Kahupe réexpliqua donc comment ils avaient découvert, avec Abom, le tube métallique et que leur groupe avait alors décidé de le déposer ce wul à la Prêtresse agdossos qui saurait sans doute plus de quoi il pouvait en retourner.

— Sage décision que vous avez prise là. Venez avec moi, je vous accompagne jusqu’au temple d’Ijuqha. Puis, se tournant vers Tofuy, le chef de la milice. Je réponds d’eux, ils se tiendront tranquilles.

Pour plus de sécurité, Tofuy décida tout de même que yu gardes netassaoui les escorteraient jusqu’aux portes de la cité. Ils en profiteront au retour pour récupérer de la nourriture pour la troupe, le moment du déjeuner approchait.

Abom et Kahupe furent donc accompagnés jusqu’à la porte, où les quatre gardes netassaoui les laissèrent seuls avec Okomia qui les amena ensuite au temple d’Ijuqha. Ils restèrent ainsi plantés devant la porte du temple sous les yeux intrigués, mais aussi parfois effrayés des passants. Puis la garde agdossos revint avec Qhigal l’intendante du temple et fille d’Ijuqha. Elle examina soigneusement le cylindre qu’apportaient les deux enudta. Elle ne déchiffra pas non plus les inscriptions à l’extérieur du tube, mais elle décela tout de suite l’importance de la découverte, surtout en fonction des circonstances que lui décrivirent à nouveau les deux jeunes mâles. Elle avait aussi constaté que le bout du cylindre était d’une couleur légèrement différente et, qu’en son centre il y avait une empreinte à peathro pans accompagnée de pe flèches courbées sur le pourtour. Elle supposa que cela permettrait peut-être d’ouvrir l’urne ; mais elle n’avait pas autorité pour procéder à une telle opération. Elle réfléchit quelques instants puis déclara :

— Merci d’avoir escorté ces deux jeunes enudta Okomia. Je pense en effet que cette trouvaille peut avoir une certaine importance archéologique. Je me charge d’eux maintenant. Vous prendrez déjà un bon bain et je vais vous faire servir un repas qui vous fera le plus grand bien, j’imagine. Okomia, envoie aussi deux gardes enudta récupérer les igu autres membres de cette communauté venir se laver et se restaurer. Eh oui, nous restons bien informés de vos agissements, dit-elle en s’adressant aux deux jeunes enudta. Nous avions de toute façon la volonté de vous chercher dans les prochains wul, car vous vous tenez tranquilles et que vous avez aussi développé de bonnes aptitudes à la chasse qui pourront nous être utiles. Nous pensions ainsi vous faire intégrer différents postes au sein de la cité. Cette découverte est donc une occasion pour officialiser votre rattachement, enfin si vous êtes d’accord également.
Vous déposerez l’urne dans une salle que je vous indiquerai au passage. Je fais prévenir Pevuya le chef de notre service d’archéologie qui viendra l’étudier après être revenu des fouilles qu’il réalise en ce moment même au bord du fleuve.

En début de netir, Abom et Kahupe s’étaient ainsi lavés, restaurés et bien reposés. Leurs compagnons les avaient rejoints entretemps et, on leur fit savoir que Pevuya venait d’arriver et commencerait sous peu l’étude de l’urne.
Ils se retrouvèrent donc tous dans la pièce où le cylindre avait été entreposé. Puis Ijuqha fit son entrée, drapée de la traditionnelle toge rouge des Prêtresses agdossos, une ceinture jaune finement brodée ceignant sa taille. Elle salua individuellement chacun des membres du troupeau enudta puis accueillit Pevuya qui arriva à son tour dans la pièce. Dès qu’il avait été prévenu de la découverte, il avait trépigné pour revenir au temple. Mais il ne pouvait se permettre de quitter les bords du fleuve, car son équipe avait aussi déniché ce qui ressemblait à une cache ou une réserve d’une ancienne civilisation où étaient entreposés des sculptures, des peintures et divers artefacts.
Pevuya expédia ainsi les salutations puis se précipita vers le tube en métal. Il le prit délicatement dans ses mains, le soupesa, puis le fit tourner. Il vit alors sur les inscriptions ; ses yeux s’écarquillèrent.

— Superbe, tout simplement superbe ! s’écria-t-il.

— Quoi ? lui demanda Ijuqha.

— Ces inscriptions Prêtresse Ijuqha, elles sont superbes. Elles ressemblent à s’y méprendre à d’autres que nous trouvons ici ou là à travers Kahyia, que cela soit sur des bouts de métal, de papiers, de céramiques et autres supports. Nous ne pouvons encore les décrire, mais elles viennent sans doute d’une civilisation nous ayant précédés. Et celles-ci sont les plus fines, les plus lisibles qu’il m’a été donné de voir. Certes, certaines lettres ressemblent aux nôtres, mais nous n’avons jamais été en mesure de les décrypter. Par contre, je me demande pourquoi les avoir gravées sur cette urne métallique et à quoi celle-ci peut bien servir ? conclut-il en retournant l’objet dans tous les sens.

Qhigal lui fit alors remarquer l’étrange empreinte à l’une des extrémités du cylindre. Pevuya réfléchit puis dit :

— Intéressant en effet ; c’est peut-être un système d’ouverture qui si on insère un outil de la même forme, permet de retirer la section inférieure de l’urne et ainsi avoir accès à son contenu. Quoi qu’il en soit, poursuivit-il, nous devons procéder aux diverses opérations dans un lieu confiné aux cas où il renfermerait un piège. Je vais donner les dimensions que l’outil devra avoir aux forgerons de la cité. Je dois aussi prévenir Depam à Sisa-Lvet-Rus de cette découverte afin qu’elle donne son aval à l’ouverture de l’urne. Je vais également lui retranscrire les écritures que je lui enverrai par messager et qui devront lui parvenir au plus vite.

Ainsi, Pevuya rédigea sur-le-champ le message à transmettre par GZK à Depam ainsi que les caractéristiques de l’outil que les forgerons devraient fabriquer. Il recopia aussi les fameuses inscriptions sur un papyrus qui furent envoyées immédiatement par messager vers Sisa-Lvet-Rus puis il fit rapatrier le cylindre à son laboratoire. Le message contenait les mots suivants : « Laymeshryle Paris — L’ultime effondrement ».
Bien que net soit déjà bien avancée à Sisa-Lvet-Rus, Depam fut réveillée de suite à l’arrivée du message qui avait été catégorisé comme étant de première urgence et, après avoir examiné les différentes options, elle retourna le message suivant :
« J’ai bien reçu votre message et vous remercie chaleureusement de m’avoir tenu informée de cette découverte. Je fais entièrement confiance à Pevuya pour procéder à toutes les manipulations nécessaires et raisonnables afin de parvenir à découvrir ce que renferme ce cylindre. À bientôt, Depam ».

Pevuya et yu membres de son équipe se retrouvèrent donc le tewul à leur laboratoire, dans une salle stérilisée spécifiquement conçue pour examiner ce type de découverte. Une GZK y fut installée et réglée sur une fréquence réservée afin de pouvoir communiquer en direct avec la Prêtresse Ijuqha et Depam.
Qhigal arriva peu de temps après ; elle était accompagnée d’une autre jeune sœur agdossos, Fazufil, très intéressée pour suivre une formation en archéologie et aussi très douée pour le dessin. Fazufil tenait ainsi dans ses mains un carnet et des crayons ainsi que l’outil qu’elles étaient passées prendre à la forge et qui avait été fabriqué durant net. Elle remit celui-ci à Pevuya qui s’approcha alors du cylindre posé sur une table, l’extrémité ouvrable tournée vers un miroir afin qu’elles puissent entrevoir ce que contenait l’urne juste après l’ouverture.
Pevuya inséra donc l’outil dans la marque et il s’y cala parfaitement. Après quatre tours exécutés avec une extrême lenteur, ce qui leur sembla une éternité, le capuchon se libéra de l’urne métallique. Un des assistants de Pevuya le tenait fermement dans ses mains, puis le dégagea, toujours avec une grande prudence, tandis que les autres scrutaient avec attention la glace qui reflétait l’intérieur du cylindre. Mais rien de dangereux n’en sortit, ils ne perçurent juste que quelque chose était roulé à l’intérieur. Ils décidèrent alors qu’un second assistant y ferait pénétrer un long bâton pour sonder l’urne. Mais encore une fois, rien de particulier ne fut ressenti, seul un léger crissement se faisait entendre lorsque l’objet qui s’y trouvait effleurait sa gangue métallique.
Avec l’aval de Depam, ils décidèrent alors de retirer le contenu du tube. Un assistant s’empara de l’extrémité supérieure puis une autre tira délicatement sur l’objet pour le faire sortir. Après qu’une petite partie se trouva à l’air libre, elles constatèrent qu’il s’agissait sans doute de fins papyrus roulés les uns dans les autres. L’assistant continua donc de retirer ceux-ci. Juste avant qu’il ne soit intégralement sorti, il dut mettre sa seconde main sous le rouleau afin d’éviter qu’il ne chût. Une seconde table à roulettes fut approchée de la première et il put donc y poser délicatement le rouleau. Elles l’examinèrent consciencieusement à nouveau et jugèrent qu’il serait suffisamment résistant et pouvait être manipulé sans risquer sa destruction.
L’un d’eux tint ainsi les deux extrémités sur le bord de la table, deux autres postées de chaque côté du rouleau, déroulant les feuilles avec prudence. Le rouleau contenait plus de hom feuillets finement écrits. Chaque feuille fut saisie puis déposée les unes à côté des autres sur une grande table située sur un côté de la pièce. Si toutes paraissaient plus ou moins semblables, quoiqu’écrites sans doute dans des langages différents, deux feuillets attirèrent par contre leur attention. Sur le premier étaient dessinés deux êtres qui se tenaient par la main ; l’un ressemblait à une agdossos, le second étant quelque peu identique bien qu’avec une poitrine moins proéminente et des organes externes au bas ventre. Il y avait aussi différents autres dessins et inscriptions que personne dans la salle ne comprenait. Sur le second feuillet était représentée une carte qui ressemblait à s’y méprendre à Kahyia. Certes, elles distinguèrent quelques différences notables avec les cartes actuelles, mais dans l’ensemble la plupart des continents, îles, mers et océans semblaient être peu ou prou aux mêmes places. Quelques points étaient aussi indiqués avec des inscriptions qu’elles ne pouvaient sur l’instant déchiffrer.
Sur ces deux feuillets elles distinguèrent rapidement l’un des mots gravés sur le côté du cylindre : « Laymeshryle » puis, instinctivement elles regardèrent l’endroit où pouvait se situer Migepdir sur la carte et y trouvèrent l’inscription « Paris — Arts et lettres » et dessous une autre série de signes : « 48° 50′ 55″ N – 2° 20′ 36″ E ».

Pendant ce temps, Fazufil avait commencé son travail en reproduisant l’urne métallique sur son carnet de croquis. Et alors qu’elle demanda à l’une des assistantes de Pevuya de relever le cylindre afin de pouvoir mieux visualiser l’inscription gravée pour la retranscrire, un bruit terrible se fit entendre qui les figea toutes sur place. L’assistante tenait toujours dans ses mains le tube redressé puis, sur ordre de Pevuya il le souleva délicatement et le décala sur le côté. Un objet était posé sur la table. Il devait se trouver à l’autre extrémité et avait donc dû chuter lorsque l’urne fut manipulée. L’assistant la reposa sur la seconde table et elles virent toutes examiner l’objet tombé. Pevuya toucha l’objet avec l’un de ses doigts. Celui-ci était rond et son diamètre était juste adapté pour l’insérer dans le cylindre ; il était fabriqué d’une matière souple et semblait sans danger immédiat. Elle comprit rapidement que l’objet devait être une sorte de boîte et qu’il était constitué de deux parties enchâssées l’une dans l’autre ; elle entreprit donc de l’ouvrir. Une fois ceci fait, elle retira plusieurs disques métalliques qui étaient chacun gravés de la même inscription que sur la carte : « Laymeshryle Paris — Arts et lettres » accompagnée d’un signe distinct qui changeait sur chacun d’entre eux : « 1 », « 2 », « 3 »…
Elles posèrent tous les disques délicatement sur des feuilles du carnet de croquis de Fazufil, afin de ne pas les mettre en contact direct avec la table métallique ; puis, elles trouvèrent d’autres papyrus comprenant cette fois, non seulement des textes, mais également des dessins et des schémas tout aussi incompréhensibles que le reste de la découverte.

Depam qui avait entendu tout ce qui venait de se passer ainsi que leurs conversations sur place donna alors ses ordres :

— Je pense que tout ceci est d’un très grand intérêt, mais ne précipitons pas les choses et n’en tirons pas des conclusions hâtives. Le plus urgent est de reproduire au mieux tout ce que vous venez de retirer de l’urne. Il faut aussi faire graver les différents feuillets pour en tirer des impressions que nous enverrons ensuite à divers spécialistes à travers Kahyia qui pourront nous apporter leur aide. Puis, vous expédierez à Sisa-Lvet-Rus, le cylindre avec tout son contenu, deux copies des papyrus et des plaques gravées. D’ici là, j’établirai une liste des scientifiques auxquels adresser les reproductions imprimées et que je préviendrais de la découverte afin qu’ils se préparent à travailler dessus dès qu’ils recevront les copies. Nous verrons ensuite en fonction des conclusions de chacun ce qu’il conviendra d’entreprendre par la suite. Êtes-vous d’accord avec ce protocole ? Avez-vous des questions ?

Pevuya lui répondit qu’elle avait parfaitement compris les ordres de Depam et qu’elles les feraient appliquer avec le plus grand soin et aussi vite que possible. Ijuqha qui avait entendu toute la conversation prit alors la parole depuis son poste au temple.

— En effet, je pense comme Depam que nous devons d’abord sécuriser la découverte en en faisant des copies, car nous ne savons pas si les papyrus résisteront longtemps. Nous devons aussi envoyer une reproduction des feuillets à Lomapio, je préviens de suite la Grande Prêtresse Xiantro à ce sujet. En tout cas, je tiens toutes et tous à vous remercier pour ce beau travail qui je pense peut ouvrir une nouvelle voie vers notre compréhension des civilisations ancestrales qui nous ont précédées, et ce bien que cela ne soit guère notre priorité actuelle.

Fazufil continua donc sur-le-champ ses retranscriptions du cylindre, des feuillets et des disques. On alla chercher le meilleur graveur de Migepdir et on prévint l’imprimerie du temple qu’un travail urgent et de première importance allait leur parvenir sous peu. Ijuqha convoqua aussi les jeunes enudta afin de les féliciter pour leur découverte bien que celle-ci soit due principalement au hasard. En tout cas, ils avaient pris les bonnes décisions et prouvé par la même qu’ils étaient dignes de demeurer dans la cité aux postes qui leur conviendraient le mieux. Deux choisir d’intégrer la garde de Migepdir, deux autres les équipes de chasse, Abom et Kahupe préférèrent par contre assister Pevuya pour la suite des recherches liées à leur découverte.

 

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