Conscience

Les Penseurs choisirent des tyrans pour régir leurs peuples

Paix

 

Pegho se présenta donc au wul dit avec yu de ses gardes à l’entrée de la clairière où une tente avait été dressée par les troupes de Migepdir. Okomia, la cheffe de la garde enudta, était présente et accueillit les émissaires de Voskiar. Bien que Pegho ait ingurgité des fortifiants avant de venir, Okomia vit bien qu’elle était affaiblie. Elle boitait beaucoup et les sentinelles netassaoui de Migepdir qui les avaient suivies tout au long de leur route avaient informé Okomia que Pegho avait fait le voyage dans une carriole tirée par des jevatii, pas très en forme également. La carriole avait été stoppée à quelques encablures du point de rencontre et Pegho avait donc fini le trajet à pieds malgré son état.

Comme prévu, on demanda aux gardes voskariens de laisser leurs armes sous la tente, ils pouvaient tout de même conserver un couteau en os en signe de confiance. Puis ro gardes furent invités à inspecter librement la clairière afin qu’ils assurent Pegho que le dispositif était conforme au dernier message reçu. Pendant ce temps, Lovasio une femelle netassaoui et Fadiogu un mâle enada, qui était tous deux les médecins personnels de la Prêtresse Ijuqha, examinèrent Pegho et ses blessures. Celles-ci avaient été soignées au mieux par les docteurs qui accompagnaient l’armée de Voskiar, mais leurs connaissances sans doute assez faibles et le manque de moyens n’avaient pu éviter certaines plaies de s’infecter. Lovasio envoya donc un de ses assistants chercher quelques plantes et racines afin de confectionner un emplâtre qui devrait permettre de guérir les blessures de Pegho. Elle lui donna également des fioles contenant des fortifiants et des antidouleurs plus efficaces, mais elle devrait attendre que les effets de ceux qu’elle avait ingérés avant de se présenter au rendez-vous ne soient plus actifs.

Pegho remercia les ro médecins de Migepdir et à ce moment ses gardes revinrent pour lui signifier que tout était conforme au plan prévu. Okomia et yu de ses soldates, également armées d’un simple couteau, accompagnèrent donc l’ambassade de Voskiar jusqu’à la grande tente bleue qui avait été érigée au centre de la clairière. Des gardes migepdiriens inspectèrent une dernière fois les nouveaux arrivants puis les firent pénétrer sous la toile. Une modeste table rectangulaire en bois, qui contrastait largement avait le faste extérieur de la tente, était dressée au milieu de celle-ci. En face d’eux était installée Ijuqha qui se leva lorsqu’ils entrèrent. Sur leur gauche était aussi présente Qhigal l’intendante de la Prêtresse et à leur droite Erajo qui les salua également. Une chaise attendait Pegho face à Ijuqha. Okomia avec ro de ses soldates contournèrent la table pour venir se positionner juste derrière Ijuqha. Pe gardes de Pegho se placèrent de même derrière elle, le dernier s’installa à un coin de la tente d’où il devait rester visible par Okomia.

Une certaine tension demeurait palpable bien que tout s’était déroulé comme prévu. Ijuqha salua avec respect et fermeté Pegho qui lui rendit ses paroles de bienvenue. La Prêtresse présenta alors brièvement son intendante puis tous s’assirent. Ijuqha se saisit ensuite d’une carte de la région qu’elle plaça face à Pegho et lui fit un rapide état des forces en présence. Pegho était maintenant prise en tenaille entre les troupes de Migepdir et les renforts venus de Cusdiam et Lubi. Bien que l’état major de l’alliance des pe cités n’avait pour le moment nullement l’attention de lancer une attaque sur les villages tenus par Voskiar, un autre problème de taille était apparu pour Pegho : sa faiblesse se réapprovisionner en nourriture. Elle ne pouvait en effet compter que sur les quelques cultures de la région, la chasse, la pêche et la cueillette des territoires qu’elle contrôlait encore. Mais cela ne pouvait constituer un apport suffisant en victuailles pour l’ensemble des bouches à nourrir.
Pegho voulut intervenir, d’ailleurs pour affirmer la situation décrite par Ijuqha, mais celle-ci la coupa d’un geste et en élevant quelque peu la voix. Cela fit réagir les gardes de Pegho qui mirent la main sur leur couteau puis, en réaction, Okomia et les siens.
Ijuqha reprit la parole, mais en baissant de ton afin de calmer tout le monde. Ce fut le dernier moment de tension entre les protagonistes. La Prêtresse exposa alors l’arrivée d’agronomes de Lubi qui avaient développé de nouvelles techniques de culture permettant de garantir de meilleurs rendements malgré les conditions toujours difficiles. Puis, elle annonça que les éruptions de Faizfet qui avaient déclenché la crise étaient en train de prendre fin. Malgré tout il fallait compter quelques wulian avant que la situation ne s’améliore le temps que les gaz émis par le volcan n’agissent plus dans l’atmosphère.
Enfin, elle exposa les avancées réalisées par les différentes équipes scientifiques pour décrypter les papyrus de l’urne trouvée à Migepdir et, surtout, qu’une nouvelle urne avait été déterrée à Rehal. Ces découvertes devaient sans doute permettre d’en savoir plus sur une ancienne civilisation qui les avait précédées, mais était maintenant éteinte.
Puis elle termina sur le fait qu’Erajo et ses disciples avaient abandonné leur combat et s’étaient rangés derrière les forces de Migepdir. Ce qu’Erajo admit d’un hochement de tête et fit comprendre à Pegho que la lutte était maintenant définitivement terminée.

Ijuqha donna alors la parole à Pegho qui ne put qu’accepter sa défaite et se plaçait donc sous la domination de l’alliance, telle que l’avait nommée la Prêtresse. Elle requit juste que ses troupes soient traitées avec respect et elle demanda à son tour à Ijuqha de développer son plan de retrait que la Prêtresse et ses lieutenants avaient sans doute déjà établi.
Ijuqha lui répondit qu’en effet elle avait une proposition à formuler. Mais elle revint en premier sur les exactions également commises par certaines unités de Voskiar  : vols, meurtres, viols, esclavagisme… et que Pegho ne pouvait contester. Si des soldats de Voskiar pouvaient être très distinctement accusés de telles outrances, ceux-ci devraient être jugés tels que les lois de Kahyia le prescrivaient. Ijuqha demanda alors l’approbation de Pegho sur ce point, tout en espérant une totale collaboration de sa part. Pegho n’avait plus les cartes en main pour réclamer une amnistie pour ses crimes et donc elle acquiesça.
Ijuqha décrivit ensuite le plan pour le retour des troupes de Voskiar dans leur cité. Tout était déjà en place pour que l’armée soit reconduite au plus vite, avant netime, à Voskiar. D’ailleurs, sans que Pegho n’en ait été informée, les nouvelles techniques de culture avaient été transmises à Voskiar par GZK afin qu’elles soient mises en œuvre dès cette wulian par les habitants de la cité n’ayant pas suivis Pegho. Ainsi, une récolte conséquente devrait pouvoir accueillir le retour de l’armée pour passer le netime à venir au mieux. De plus, des réserves de Migepdir partiraient également vers Voskiar pour assurer d’une part le ravitaillement durant le trajet et aussi améliorer les provisions qui demeureraient quoi qu’il en soit relativement faibles vu le peu de main-d’œuvre restée sur place. Des agronomes de Lubi étaient d’ailleurs déjà en route afin de parfaire les connaissances des agriculteurs de Voskiar. L’armée de Voskiar serait bien entendu encadrée et sous commandement de l’alliance, les éléments les plus faibles resteraient à Migepdir pour se soigner et se refaire une santé, ils ne partiraient au mieux que le wulipe suivant rejoindre Voskiar.
À leur retour, Galumia, la Prêtresse déchue de Voskiar, reprendrait ses fonctions et assurera la réorganisation de Voskiar, Pegho, ses lieutenants et soldats se plaçant sous ses ordres. Puis, tel que cela avait été prévu il y a plusieurs wulian par Lomapio, des échanges réguliers entre cités de la région seraient à nouveau mis en œuvre afin de garantir un approvisionnement en nourriture suffisant, ou tout du moins équitable.
Pegho accepta toutes les conditions, sans sourciller.

À Migepdir, Tadiu demande à son frère Huypim de la rejoindre dans son laboratoire. Elle lui apprit qu’elle était parvenue à déchiffrer plusieurs papyrus avec sa dernière méthode de décryptage.
La plupart des textes décrivaient l’histoire de l’art au temps des Penseurs. L’un d’entre eux était particulièrement intéressant car on y apprenait notamment que l’ancienne cité nommée Paris renfermait l’un des plus grands musées de l’époque, le Louvre. Tandis que l’Ultime effondrement touchait à sa fin, les responsables avaient alors décidé d’isoler les œuvres majeurs de leurs collections dans une crypte blindée, sur le même modèle que les urnes, mais en beaucoup plus grande. Les coordonnées de celle-ci étaient indiquées et pouvaient donc être repositionnées comme pour les urnes. D’autres musées de diverses villes avaient fait de même et tous les emplacements où elles avaient été enterrées étaient également précisés.
Tadiu envoya ainsi les différentes coordonnées aux géomètres et géographes qui pourraient recalculer au plus près les positions actuelles. Elle adressa aussi à Rehal sa nouvelle méthode de décryptage pour les aider dans leur tâche. Puis on informa la Prêtresse Ijuqha qui venait de partir de son entrevue avec Pegho. Celle-ci était ravie, plus que ravie !

 

Puis les révoltes se répandirent

Coopération

 

À Lomapio, bien que malade la Grande Prêtresse Xiantro assistait à une réunion. Des sœurs du palais avaient établi un inventaire des nombreuses cités de Kahyia en indiquant les problèmes majeurs qu’elles connaissaient : logistiques, agricoles, population…
Les données avaient été reportées sur une carte avec un habile jeu de couleurs permettant ainsi de visualiser les citées avec leurs manques et celles qui pouvaient donc leurs apporter de l’aide. Puis, des groupes régionaux plus pertinents que ceux choisis quelques wulian plus tôt se dégagèrent.
La première décision qui s’imposa fut de faire migrer les populations qui se trouvaient dans des cités faibles en production, et où généralement des troubles sociaux apparaissaient également, vers les cités plus riches. Ces migrations seraient bien entendu encadrées pour éviter toute panique et, une fois sur place, ces nouveaux arrivants pourraient ainsi aider aux travaux des champs, augmentant par là même les productions. Couplées aux nouvelles méthodes conçues par les agronomes de Lubi, ces cités devraient donc être en mesure de produire suffisamment pour approvisionner l’ensemble de leur aire d’influence.
La seconde décision fut d’ailleurs de déterminer en fonction de l’espèce et de l’âge les besoins alimentaires individuels puis de calculer les besoins globaux des cités. Puis, des routes d’approvisionnement régionalisées furent établies à partir des cités importatrices pour décharger les cités productrices de ces tâches contraignantes, mais essentielles au bien-être de chacun.
La troisième et dernière décision fut de revoir entièrement le système de gouvernance. Ainsi, à la tête de chaque cité serait désigné par les populations un représentant de chaque espèce. Des commissions thématiques seraient également mises en place en fonction des compétences de chacun et, toujours avec à minima un représentant de chaque espèce. Puis, des réunions chaque netissan seraient organisées par groupes de commissions thématiques afin de résoudre les problèmes urgents. Les relevés de décision seraient aussi envoyés aux cités limitrophes pour qu’elles puissent apporter leur aide si elles le pouvaient. De plus, des aspects qui pouvaient sembler moins essentiels comme la culture et l’éducation seraient également pris en compte afin que chacun puisse aussi se divertir et se cultiver au-delà du travail quotidien à fournir.
Une attention particulière serait portée sur les communautés de cités qui, comme celui comprenant Migepdir et Voskiar, étaient excentrées sur les continents et ainsi ne pouvaient obtenir une entraide que d’un nombre limité d’autres groupes de cités.

À Rehal, l’urne trouvée fut ouverte selon le protocole défini à Migepdir. Tout comme cette première découverte, l’urne de Rehal comprenait un nombre important de papyrus et la même carte que celle extraite à Migepdir. À l’emplacement théorique de l’actuelle cité de Rehal, les linguistes présents lisèrent l’inscription : «  Téhéran — Histoire des civilisations ».
L’équipe de linguistes de Rehal avait accueilli il y a peu par des confrères venus de Migepdir qui leurs enseignèrent la méthode fondée par Tadiu. Ils purent ainsi décrypter très rapidement les différents papyrus propres à Rehal. Ils y apprirent qu’une ancienne civilisation peuplait Kahyia qui s’appelait à l’époque la Terre. Ce peuple était constitué par des êtres qui se nommaient humains ou Homo sapiens chez les scientifiques. Après des évolutions longues dans le temps puis des périodes plus ou moins actives, ce peuple avait connu une phase rapide de développement après avoir découvert de nouveaux continents riches en matières premières, agricoles, en minéraux rares, etc. Malheureusement, les peuples qui découvrirent ces richesses décidèrent de se les approprier et d’asservir les peuples qui auraient du pouvoir en bénéficier également. Mû par un système économique qui nécessitait toujours plus de moyens, le développement technologique se fit de plus en plus rapide. D’ailleurs des conflits entre riches nations apparurent pour leurs permettre de s’approprier de plus en plus de richesses ; ces guerres ne faisant qu’accélérer les évolutions technologiques. Or, Kahyia ou donc la Terre, ne pouvait fournir plus qu’elle ne possédait elle-même. En plus, durant cette phase de développement, les humains bouleversèrent les équilibres naturels de la Terre : le climat, la biodiversité, les forêts, les océans, etc.
La suite, et la fin surtout, de cette période était racontée, mais les savants de l’époque ne pouvaient deviner que celui-ci traverserait les âges et parviendrait jusqu’à Kahyia, dans ce qu’on nommait actuellement le mythe de l’Ultime effondrement.
Dès que les travaux de Rehal et ses conclusions furent transmises à Lomapio, le gouvernement mis également en place comme dans chaque cité, perçut immédiatement l’importance de celui-ci, qui corroborait en plus les décisions prises il y a peu. Ainsi, partout à travers Kahyia cela fit prendre conscience à toutes et tous du besoin de s’entraider afin de pouvoir se sortir de cette crise toutes et tous ensemble.
Certains émirent même l’idée qu’il convenait maintenant d’anticiper d’une part la gestion de la fin de crise actuelle et donc, celles à venir et qui ne tarderaient pas à survenir que cela soit d’un point de vue global ou local. Ainsi, il fut aussi décidé qu’une fois la crise actuelle passée, les surplus de productions seraient mis en commun afin de contrecarrer toute pénurie qui pouvait apparaître ici ou là au fil du temps. Les excédents qui ne seraient pas utilisés et risquaient d’être perdus seraient reversés à Kahyia sous la forme d’humus nourricier.
D’autres alertèrent aussi sur les dangers que laissaient planer ces découvertes sur les équilibres fragiles de Kahyia. Ils en apprendraient certes sans doute beaucoup grâce aux travaux de cette ancienne civilisation. Mais la façon dont celle-ci n’avait su gérer son développement trop rapide devait faire prendre conscience que chaque évolution technologique devait d’abord être parfaitement maîtrisée sous tous ses aspects et bénéficier ensuite à toutes et tous, ce que chacun put admettre.

À Migepdir, on trouva assez rapidement l’emplacement de la crypte non loin du fleuve Budo. Enterrée profondément, celle-ci était en plus d’une taille gigantesque. On s’interrogea longuement avant d’entreprendre l’ouverture de la porte. L’énorme coffre était constitué d’un métal inconnu, sans doute très épais et donc très lourd permettant de protéger les œuvres pour de nombreuses wulian. Par contre les œuvres devaient être très fragiles depuis le temps qu’elles avaient passé sous terre. L’environnement était très humide et netime arrivait, il était donc hors de question d’ouvrir la crypte sans assurer de la préservation des œuvres à leur sortie ; de plus le poids du coffre et le sol meuble interdisaient toute manipulation et tentative d’extraction de la crypte.
Ainsi, on décida de réenterrer la crypte afin de ne pas modifier les caractéristiques physiques de l’enveloppe, et de profiter de netime pour réfléchir au mieux à ce qu’il convenait de faire afin de pouvoir rapidement mettre les œuvres à l’abri. Dès que la neige eu à nouveau fondu au wulipe suivant, on construisit autour de la crypte un mur de pierres étanche qui se poursuivait depuis la porte par un couloir également en pierres qui remontait à la surface et aboutissait à un entrepôt dans lequel les œuvres seraient conservées puis, dans une seconde pièce, étudiées. Un moulin à vent avait aussi été construit sur le toit de l’immeuble et une roue à aube installée dans le fleuve Budo afin de fournir au bâtiment l’énergie nécessaire à l’éclairage et à un système de climatisation permettant de conserver à l’ensemble un taux d’humidité et une température constante. Il avait fallu près de peathro netissan pour édifier tout le complexe, un nouveau netime arrivait donc. On décida tout de même d’ouvrir la crypte afin de prendre les différentes mesures nécessaires pour adapter les pièces de l’entrepôt aux conditions internes de conservation.
La porte principale s’ouvrait à l’aide d’une grande poignée rotative et, qu’elle ne fut pas l’agréable surprise pour les scientifiques présents de constater que la crypte était finalement composée d’un sas intermédiaire avant d’atteindre les œuvres. De plus, les Penseurs avaient laissé des instruments de mesure ainsi que des papyrus avec des instructions. On nota donc immédiatement ce qu’indiquaient les instruments puis on porta les papyrus à l’équipe de Tadiu pour être déchiffrés. Puis on referma la porte étanche avant d’entreprendre toutes autres actions.
Ainsi, on prit le temps au cours du netime suivant de bien décrypter les écrits ainsi que d’adapter les différents paramètres du bâtiment à ceux de la crypte. Certes, les systèmes de mesure différaient, mais très légèrement, on eut donc peu de difficulté à trouver les méthodes de conversion. De son côté, la population de Migepdir qui était cette fois-ci informée de l’avancée des travaux s’impatientait de pouvoir découvrir les œuvres. Mais les explications nécessaires lui avaient été fournies pour la faire patienter, de plus on lui avait bien indiqué qu’il faudrait encore un certain temps avant que celles-ci ne pussent être visibles au grand public, si jamais elles le pouvaient.
Mais, bonne nouvelle, netime avait été enfin un peu moins rude et on put donc entreprendre l’ouverture finale et le transfert plus tôt que prévu, ce qui mit la citée en émoi et vit de nombreux habitants se presser autour des murs de pierre le jour de l’ouverture. Les igu scientifiques désignées, un de chaque espèce comme il était de coutume maintenant, entrèrent donc dans l’entrepôt par le sas réservé au personnel ; s’équipèrent de vêtements devant empêcher toutes contaminations puis entamèrent la descente par la longue rampe d’accès jusqu’à la porte principale. Celle-ci fut ouverte, ils vérifièrent que les paramètres n’avaient pas changé depuis la première ouverture puis débutèrent l’ouverture de la seconde porte à l’aide des mêmes outils qui avaient servi à l’ouverture de la première urne. Yuathro systèmes de fermeture bloquaient ainsi la lourde porte qui, une fois le dernier fut desserré, pivota sur son axe. Un premier scientifique équipé d’une lampe entra dans la pièce pour l’éclairer, ses pe compagnons le suivirent et, alors ils furent émerveillés par ce qu’ils découvrirent.

L’espace central de la crypte était occupé par des sculptures. Puis ils commencèrent à faire le tour de l’immense pièce. Le long des parois des peintures étaient entreposées au sol dans des bacs en bois. Sur des étagères, placées au-dessus des bacs et jusqu’au plafond, s’entassaient des nethi de livres imprimés comprenant soit uniquement du texte, soit des dessins, des pochettes enveloppant des galettes noires, des boites rectangulaires comprenant des petites images représentant ce qui semblait être la vie de cette civilisation, d’autres boitiers ronds en métal brillant comprenant une sorte de long ruban avec des encoches de chaque côté.
Chaque artefact était accompagné d’un papyrus donnant sans doute quelques indications sur l’auteur et son œuvre. Juste avant de quitter la pièce, ils découvrirent également des appareils plus ou moins imposants avec à nouveau des papyrus et des dessins les accompagnant. Cela devait être des instructions permettant de faire fonctionner ces machines. Mais dans quel but, ils ne le purent le comprendre sur l’instant.
Abasourdies par ce qu’ils venaient d’entrevoir, et aussi par le travail qui serait maintenant à fournir, ils décidèrent de refermer la porte et de remonter à la surface. Une fois déséquipés, ils sortirent du bâtiment. Face à leur air hagard, la Prêtresse Ijuqha s’inquiéta de ce qu’ils avaient pu découvrir et les interrogea immédiatement.
Tadiu fut la première à prendre la parole :

— C’est magnifique… magnifique il n’y a pas d’autre mot possible… mais comment une civilisation ayant pu créer de telles splendeurs a-t-elle pu se détruire !

 

Une nouvelle récession globale survint,
Serait-ce la dernière ?

Carpa

 

Plusieurs wulian plus tard, la situation s’était nettement améliorée sur l’ensemble de Kahyia. Certes, la Grande Prêtresse Xiantro était décédée des suites d’une longue maladie et remplacée il y a peu par Rekiak. Celle-ci poursuivait l’œuvre de Xiantro et depuis, les collaborations entre citées et même à plus large échelle entre régions avaient permis de grandement corriger les disparités entre elles.
En plus, l’éruption de Faizfet avait quasiment cessé. Il ne restait plus que quelques lacs de lave mais de dimension bien moins importante que le cratère initial. Et, pour la première fois, le dernier netime avait été moins virulent que les précédents. Bien que les scientifiques ne prédisaient un retour à la normale que d’ici environ iguathro à hom wulian, les différents systèmes mis en place devaient permettre de passer ce cap encore difficile et ce, avec un minimum de risques d’agitations.

Du côté des recherches sur les urnes, tout avançait bien également. Le modèle de décryptage conçut par Tadiu et son frère Huypim était maintenant parfaitement opérationnel et permettait de comprendre la somme phénoménale d’informations transmises par l’ancienne civilisation des Penseurs, ou Homo sapiens comme ils se nommaient alors.
De plus, de nouvelles urnes étaient découvertes au fil du temps. À Bazikel sur la grande île Hatisye l’urne décrivait les connaissances accumulées par les Penseurs sur les océans ; à Delaqia au neto du continent Monoru sur la physique ; au wulo de ce même Monoru, à Hucabie, c’était l’agriculture qui était décrite ; à Ioga au wuli de Nadutaki l’économie et la finance. Cela permit peu à peu de comprendre pourquoi cette civilisation avait disparu, les erreurs qu’elle avait commises en ne respectant pas, entre autres, les cycles naturels et comment elle s’était révélée incapable de faire face aux changements et déséquilibres qu’elle avait elle-même provoqués.
D’autant plus que la découverte de nouvelles cryptes comprenant de nombreuses œuvres d’art de l’époque démontrait à contrario qu’elle pouvait aussi se révéler particulièrement créative. Peu à peu on traduisait les livres, leurs biographies ainsi que celles des peintres, photographes, musiciens, vidéastes… dont les œuvres avaient été sauvées. On réussit également à remettre en fonctionnement les lecteurs de disques et projecteurs de cinéma en adaptant l’alimentation électrique des GZK, ce qui permit de découvrir les musiques et les films de fiction de l’époque. On organisa des projections dans les citées. Les films muets connaissaient les plus grands succès, car la traduction en simultané des films parlants nécessitait encore quelques progrès.
Toute cette nouvelle agitation fit également prendre conscience à toutes et tous que la cupidité de certains n’autorisait pas une vie heureuse sur le long terme. Certes, certains élevèrent aussi leur voix afin de mettre en garde les communautés Kahyiennes contre ces nouvelles découvertes qui risquaient justement de les pousser vers l’abîme. Mais comme tout ce développement technologique n’avait été possible que grâce à l’exploitation massive de ressources énergétiques disponibles en quantité limitée, et à ce wul disparues, cela ne représentait donc qu’un danger restreint pour la civilisation actuelle. Bien que toutes et tous furent convaincues qu’il fallait porter une certaine attention à prendre le temps pour bien maîtriser ces nouvelles technologies.

Un autre débat émergeait également avec le déchiffrage des papyrus contenus dans la seconde urne découverte à Equoko et qui portait sur l’astronomie. Un des papyrus, sans doute le plus récent, décrivait ainsi l’histoire de la conquête spatiale par les Penseurs. Ceux-ci avaient réussi à plusieurs reprises à marcher sur le satellite de Kahyia, Netissa qu’ils nommaient la Lune et, ambitionnaient aussi d’atteindre la troisième planète, Carpa, ou Mars pour les Penseurs.
Ce qui intrigua tout d’abord fut que les Penseurs la surnommaient « la planète rouge », or pour les astronomes kahyiens, elle apparaissait verte dans leur lunette. La suite du récit apporta quelques explications à ce sujet ; les Penseurs étaient parvenus à plusieurs reprises à faire atterrir des équipements sur Carpa, des rovers comme ils les appelaient. Et, alors qu’ils allaient sous peu posséder la technologie leurs permettant d’y poser le pied, un effondrement économique global survint arrêtant par là l’ensemble du programme en vue de la conquête de Mars. Les sommes allouées à cette conquête s’étant fortement réduites, les astronomes de différentes « agences spatiales » décidèrent alors de mettre leurs divers moyens en commun pour envoyer deux dernières missions, l’une au neto, la seconde au wulo de la planète, chargées de la rendre habitable pour plus tard.
On extrapola donc que, sans doute, ces missions avaient réussi et que la nouvelle couleur verte de la planète provenait de la végétation ayant alors conquis la surface !
La fin du récit interpella également la communauté scientifique Kahyienne puisque les Penseurs y décrivaient l’ultime envoi d’un satellite artificiel comprenant des graines et embryons congelés de plantes, d’animaux et surtout de Penseurs !
Ce satellite expédié sur une orbite géostationnaire devait ainsi tourner indéfiniment autour de Kahyia, des panneaux solaires alimentant le système de contrôle de la trajectoire et de congélation des embryons jusqu’à ce qu’une nouvelle civilisation terrestre ou extra-terrestre puisse le retrouver.
Certes, pour le moment les Kahyiens ne possédaient ni la technologie ni les ressources énergétiques pour l’atteindre. Mais le devaient-ils d’ailleurs ?

La réponse l’était peut-être aussi… ailleurs !

 

ACCORD DE PARIS

FAIT à Paris le douze décembre deux mille quinze.

 

Les Parties au présent Accord,

 

Étant Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, ci-après dénommée « la Convention »,

 

Agissant en application de la plateforme de Durban pour une action renforcée adoptée par la décision 1/CP.17 de la Conférence des Parties à la Convention à sa dix-septième session,

 

Soucieuses d’atteindre l’objectif de la Convention, et guidées par ses principes, y compris le principe de l’équité et des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives, eu égard aux différentes situations nationales,

 

Reconnaissant la nécessité d’une riposte efficace et progressive à la menace pressante des changements climatiques en se fondant sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles,

 

Reconnaissant aussi les besoins spécifiques et la situation particulière des pays en développement Parties, surtout de ceux qui sont particulièrement vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques, comme le prévoit la Convention,

 

Tenant pleinement compte des besoins spécifiques et de la situation particulière des pays les moins avancés en ce qui concerne le financement et le transfert de technologies,

 

Reconnaissant que les Parties peuvent être touchées non seulement par les changements climatiques, mais aussi par les effets des mesures de riposte à ces changements,

 

Soulignant que l’action et la riposte face aux changements climatiques et les effets des changements climatiques sont intrinsèquement liés à un accès équitable au développement durable et à l’élimination de la pauvreté,

 

Reconnaissant la priorité fondamentale consistant à protéger la sécurité alimentaire et à venir à bout de la faim, et la vulnérabilité particulière des systèmes de production alimentaire aux effets néfastes des changements climatiques,

 

Tenant compte des impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité conformément aux priorités de développement définies au niveau national,

 

Conscientes que les changements climatiques sont un sujet de préoccupation pour l’humanité tout entière et que, lorsqu’elles prennent des mesures face à ces changements, les Parties devraient respecter, promouvoir et prendre en considération leurs obligations respectives concernant les droits de l’Homme, le droit à la santé, les droits des peuples autochtones, des communautés locales, des migrants, des enfants, des personnes handicapées et des personnes en situation vulnérable et le droit au développement, ainsi que l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et l’équité entre les générations,

 

Reconnaissant l’importance de la conservation et, le cas échéant, du renforcement des puits et réservoirs des gaz à effet de serre visés dans la Convention,

 

Notant qu’il importe de veiller à l’intégrité de tous les écosystèmes, y compris les océans, et à la protection de la biodiversité, reconnue par certaines cultures comme la Terre nourricière, et notant l’importance pour certains de la notion de « justice climatique », dans l’action menée face aux changements climatiques,

 

Affirmant l’importance de l’éducation, de la formation, de la sensibilisation, de la participation du public, de l’accès de la population à l’information et de la coopération à tous les niveaux sur les questions traitées dans le présent Accord,

 

Reconnaissant l’importance de la participation des pouvoirs publics à tous les niveaux et des divers acteurs, conformément aux législations nationales respectives des Parties, dans la lutte contre les changements climatiques,

 

Reconnaissant également que des modes de vie durables et des modes durables de consommation et de production, les pays développés Parties montrant la voie, jouent un rôle important pour faire face aux changements climatiques,

 

Sont convenues de ce qui suit :

 

[ … ]

 

Article 2

 

1. Le présent Accord, en contribuant à la mise en œuvre de la Convention, notamment de son objectif, vise à renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté, notamment en :

 

a) Contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation de la température à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques ;

 

b) Renforçant les capacités d’adaptation aux effets néfastes des changements climatiques et en promouvant la résilience à ces changements et un développement à faible émission de gaz à effet de serre, d’une manière qui ne menace pas la production alimentaire ;

 

c) Rendant les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques.

 

2. Le présent Accord sera appliqué conformément à l’équité et au principe des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives, eu égard aux différentes situations nationales.

 

Lien vers l’accord de Paris, en français : https://unfccc.int/sites/default/files/french_paris_agreement.pdf

 

Fin… ou début