Changeons d’Ère

Une nouvelle étude vient de faire grand bruit, il s’agit bien entendu de l’étude allemande qui dévoile la chute de plus de 75 % des populations d’insectes. Ce qui est plus surprenant est que celle-ci émerge dans les médias français près de 5 mois après sa publication dans la revue Science. On peut aussi s’étonner que la disparation de si petits bêtes puisse autant attirer l’attention… mais peut-être cela fait remonter en nous des pensées et souvenirs comme nous allons le voir.

Notre intérêt pour le visible

En règle générale, pour intéresser le grand public à la protection de la biodiversité, les ONG et associations mettent en avant plutôt des animaux emblématiques comme l’ours polaire de la campagne Save the Arctic de Greenpeace ou encore des logos explicites comme ceux du WWF avec le panda, et le hérisson de France nature Environnement.

Campagne Save the Arctic de Greenpeace Logo du WWF Logo France Nature Environnement

Pourtant il y a bien des êtres vivants tout aussi intéressants comme par exemple certains phytoplanctons en Arctique capables de photosynthétiser sous plusieurs mètres de banquise !
Mais il serait sans doute plus compliqué pour Greenpeace de mobiliser les citoyens autours de la question de la sauvegarde de l’Arctique avec ces petites créatures plutôt qu’avec un ours polaire qui renvoie vers un certain imaginaire lié à notre enfance.

Pour en revenir à l’enfance qui ne se souvient pas, comme cela est également rappelé dans l’étude précitée, des pare-brises constellés d’insectes écrasés lorsque nous partions en vacances dans les années 70 et 80 alors qu’aujourd’hui ces mêmes pare-brises sont quasi immaculés en arrivant au bord de la plage.
Qui n’a jamais, bêtement d’ailleurs, détruit un dôme de fourmilière pour voir aussitôt les ouvrières s’afférer à la reconstruction de leur abri.
Qui n’est jamais parti dans des champs ou terrains vagues à la chasse aux papillons et qui étaient encore nombreux il y a quelques dizaines d’années seulement…
Enfin qui n’a jamais pleuré après la piqure d’une abeille, celle-ci mourant en plus au passage, mais dont nous apprécions tellement le doux miel en compensation de ces quelques désagréables moments !

Bref, nous nous intéressons de façon innée avant tout, et quelque part cela est bien normal, à ce que nous pouvons voir, écouter ou ressentir à notre échelle, mais peut-être sommes-nous aussi prédisposés en cela culturellement…

Abus de langage

Justement partons voir du côté des géologues comment ils classifient les différents âges qui ont ponctués l’existence de la Terre.

Ainsi, ils distinguent 4 grandes ères géologiques, dénommés les éons :

Hadéen : formation de la Terre Hadéen (de – 4,6 à – 4 milliards d’années)
Formation de la Terre
Archéen : apparition de la vie Archéen (de – 4 à – 2,5 milliards d’années)
Apparition de la vie
Protérozoïque Apparition de la vie complexe Protérozoïque (de – 2,5 à – 0,541 milliards d’années)
Augmentation du taux d’02 et 1ères vies complexes dans les océans
Phanérozoïque : Apparition des animaux terrestres Phanérozoïque (de – 541 millions d’années à nos jours)
Apparition des animaux terrestres

Intéressons-nous maintenant plus précisément aux 3 subdivisions de ce dernier éon, le Phanérozoïque :

Paléozoïque : Ère des poissons Paléozoïque (de -541 à -252 M années)
Ère des poissons
Mésozoïque : Ère des réptilesMésozoïque (de -252 à -66 M années)
Ère des reptiles
Cénozoïque : Ère des mammifèresCénozoïque (de -66 M années à nos jours)
Ère des mammifères

Comme on peut le voir, pour chaque période nous avons déterminés quelle classe d’espèces visibles était dominante sur Terre. Dans un premier temps les poissons, puis la vie quitte les océans pour coloniser la Terre, nous arrivons alors à l’ère des reptiles, ou autrement dit des dinosaures. Enfin à l’ère des mammifères, cad l’époque moderne, débutée il y a 66 millions d’année après l’extinction des dinosaures. Extinction toute formelle d’ailleurs puisque des descendants des dinosaures existent toujours, ce sont les oiseaux !

Si nous revenons plus particulièrement aux insectes, ceux-ci sont apparus il y a 395 millions d’années environ. Ils commencent ainsi à coloniser la Terre quasiment en même temps que les premiers poissons qui sortent de l’eau puis vont évoluer vers les tétrapodes, représentés aujourd’hui par les amphibiens, les reptiles, les oiseaux et les mammifères.
Par contre, avec un rythme de reproduction bien plus rapide que les poissons ou leurs descendants tétrapodes, puis en étant les premiers à voler hors de l’eau, les insectes vont se diversifier plus vite et s’adapter de fait à tous les milieux terrestres.
En conséquence de quoi aujourd’hui nous comptons près de 1,3 millions d’insectes sur les plus de 2 millions d’espèces répertoriées par les scientifiques. De plus, on découvre toujours chaque année plusieurs milliers d’espèces d’insectes alors que les nouvelles identifications de poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères se comptent au mieux par centaines annuellement.

Dénommer Ères des poissons, des reptiles ou des mammifères les 3 grandes ères du Phanérozoïque est donc un abus de langage. Nous devrions plutôt parler d’Ère des insectes et ce depuis que la vie s’est largement diversifiée hors de l’eau !

Fourmi

Il est à noter que nous pourrions faire la même démonstration pour les bactéries ou les virus qui sont les vrais colonisateurs de la planète puisque présents dans l’eau, les sols et l’atmosphère depuis l’Archéen qui a débuté il y a 4 milliards d’années. Peu sont encore décrits par rapport à la diversité réelle qu’ils doivent représenter car cela nécessite aussi du matériel et des compétences très pointus pour y parvenir.

Les insectes ne disparaîtront pas

Donc si l’étude citée en préambule de cet article posent de réelles questions quant à l’impact de l’être humain sur la biodiversité, notamment sur celle des insectes, il ne faut pas croire pour autant que ceux-ci disparaitront avec la 6e extinction de masse.
Les activités humaines et plus particulièrement là où l’agriculture industrielle utilise des produits phytosanitaires chimiques feront baisser très largement leurs populations mais en contrepartie leur diversité et leur adaptation à tous les biotopes terrestres leurs permettront sans nul doute de perdurer après la crise.

Une fois la 6e extinction passée, les insectes continueront ainsi leur inébranlable évolution et domineront la planète… avec les bactéries et les virus !

 
 

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